mercredi 23 novembre 2011,
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Grâce à l’amie Sophie Herbin qui a eu la bonne idée de nous inviter et, bien entendu, à Véronique Lécullée et Danielle Bellini, directrices, l’une de la salle, l’autre du service culturel de la ville de Champigny, qui ont eu l’audace de le programmer, nous avons pu revoir en France Israel Galván, valorisé par David Lagos, au cante, Alfredo Lagos, au toque, Ruben Camacho, aux lumières et Pedro León, à la sono, dans sa pièce intitulée La Edad de oro, autrement dit : L’Âge d’or.
Nous avions découvert cette formule minimale, désencombrée de tout accessoire, balayant toute tentation ou ostentation scénographique, ce flamenco de chambre, en somme, au festival de la Union, en 2008, en fin de soirée, à la suite d’une prestation mémorable de l’immense chanteur Enrique Morente, un ami du bailaor (il figure à ses côtés, en vidéo, dans le spectacle Arena), disparu en décembre dernier.
Gérard Philipe. L’acteur a été, on peut dire, génial. Et unique. Des théâtres rappellent son nom dans tout l’hexagone, à Saint-Denis (scène municipale datant de 1902, où nous vîmes, cela devait être en 1965, notre premier spectacle de flamenco), à Meaux, à Montpellier, à Frouard, à Orléans, à Sartrouville et, donc, à Champigny. Des Galván, on en a tout un jeu, toute une famille : la mère, Eugenia de los Reyes, artiste gitane de Séville, José, le paternel, chanteur et danseur, et même la sœur, Pastora, bailaora. Le jeune homme a réussi non seulement à se faire un prénom, on ne peut plus biblique (choisi par des parents témoins de Jéhovah), à porter le patronyme aux quatre coins de la planète, mais il est parvenu à imposer un style de danse surprenant à un milieu de puristes attachés aux traditions et aux codes bien établis.
En quatre ans, sa danse est devenue encore plus tranchante. Lisible de loin, efficace. Israel Galván a une manière qui n’appartient qu’à lui, nette et précise, précieuse et cassante, évidente et tarabiscotée, comique et décevante. Il a mis en cause le tabou de la danse flamenca masculine, à commencer par le décalogue de Vicente Escudero qui a défini dans les années cinquante les canons de la beauté de cet art. Grâce à lui, le flamenco transcende aussi la question même du genre, ce qui relève d’une problématique très actuelle. Galván est mi-homme mi-femme, un peu comme dans le numéro de music-hall où le visage et le corps de l’artiste sont divisés en deux et où, tour à tour, celui-ci montre son profil masculin et féminin. Plus exactement, le danseur joue les deux rôles à la fois, dans le même mouvement. Et assume la part féminine qu’il y a dans tout macho. Pour cela, il prend la bulería très au sérieux et ce palo pittoresque, spectaculaire, carnavalesque contamine ou dissout tous les autres, quel que soit le compás signifié par les frères Lagos.
Galván ne se moque pas du monde. Et encore moins du flamenco. Il est, il incarne, il assume son art. Sa révolution est d’ordre esthétique, certes, mais il faut bien commencer par quelque chose. On perçoit d’autant mieux ce changement en acte que ses accompagnateurs ne bronchent pas et continuent à jouer, imperturbablement, dans le style le plus traditionnel qui soit, celui de Jerez, avec un talent qui, d’ailleurs, s’affirme de plus en plus – le chanteur, peu à peu, trouve la hondura appropriée, le guitariste, à lui seul, assure la pompe et de brillants chorus, la soirée durant.
Chaleureusement rappelé par le public campinois, le danseur excentrique est revenu chanter un air a capella de sa voix haut perchée, tandis que ses compagnons de voyage échangeaient leurs rôles. Le chanteur s’est révélé bon guitariste et le musicien, gracieux bailaor…
photo : Nicolas Villodre