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Belén López allume le public nîmois

jeudi 20 janvier 2011,
par Nicolas Villodre


On s’était rendu à Nîmes pour, entre autres, voir de la danse. On en a vu, certes, mais circonscrite au zapateado pur et simple. En sus, on a eu du chant, ce qui n’est déjà pas mal. Pas de raison, donc, de se plaindre.

Belén et ses rois mages, alignés sous le cyclo de José Montero soufflant le chaud (le rouge) et le froid (le bleu), faisant de la figuration intelligente, servant à la fois d’élément de décor, de fond mélodique et rythmique. Tout le set durant, un mur du son assez subtil.

Par prudence, la production (Daniela Lazary, María José López) avait prévu des doublures instrumentales : deux guitares à la place d’une (Carlos de Jacoba et Carlos Jimenez, au jeu sobre et traditionnel), au cas où ; deux chanteurs (Saúl Quirós, rassuré par ses partitions faisant office d’anti-sèches, David de Jacoba, au regard aveugle, concentré sur son art, sachant et nuancer et pousser le volume, sans doute appelé en renfort), qui s’imposent dès le martinete au milieu de la seguiriya inaugurale, un violoniste anti-violent, au toucher délicat et même minimaliste (Fernando García), pertinent dans ses interventions, un percussionniste chargé du reste, de la battue, de l’impulsion, du temps et du contretemps, de la claque comme de la contre-claque.

La jeunette, encore un peu tendre sans doute et, par endroits, approximative (dans le braceo, les voltes et les enchaînements), se révèle économe de son temps et de sa danse. En effet, si l’on retranche les salamalecs, les chichis, les minauderies, les faux-semblants ou, comme disaient Jibé Poquelin et Robert Lapointe, les bonnes manières, les contorsions, les cajoleries et les manœuvres qui d’habitude servent de hors d’œuvre, il reste peu pour la gambille. Des routines routinières, qui plus est, des plus brèves. On peut, en l’état actuel des lieux, se sentir frustré pour ce qui est de la choré.

Avec le temps, tout cela s’arrangera, comme le chantaient Ferré et Momo. Encore un effort, comme l’écrivait Monsieur le marquis, un peu de suite dans les idées, un peu plus de souplesse au-dessus du genou et la messe pourra être dite.

Car la danseuse a pour elle la grâce, la candeur, la spontanéité, un certain aplomb. Son sourire colgate séduit le bon public festivalier d’avance acquis à sa cause. L’auditoire du théâtre nîmois lui passe tout – y compris ses fautes de goût comme le numéro caricatural, néo-classique et démonstratif, tout juste bon pour Broadway, sur le boléro qui a suivi le chant pour tarantos.

Il faut dire que son zapateado est net et précis. Etonnamment sec et nerveux. C’est son point fort. Une fois qu’elle aura trouvé chaussure à son pied – une bonne idée chorégraphique, par exemple – elle pourra prétendre bouleverser la hiérarchie en place qui a pour le moment Rocio Molina en son sommet.

La soirée était plaisante, le programme varié : on a juxtaposé seguiriya, tangos extremeños, soléa, taranto, bolero, buleria et alegria. Le finale, comme il se doit, était festif. En bonus, on a eu droit à une buleriaunplugged.


P.-S.

photo : Nicolas Villodre

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