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Belén intime

vendredi 27 mai 2011,
par Nicolas Villodre


Gémier se prête bien au flamenco en chambre que nous a offert Belén Maya, en toute simplicité, à l’heure du verre de Jerez, en exergue à la grosse cavalerie du soir à Vilar. Soutenue par l’efficace Felipe Mato aux palmas, le puissant cantaor Jesús Méndez, et le maestro ès guitare Rafael Rodriguez (qui avait déjà été remarquable dans le précédent spectacle de Rocío Molina), elle a produit un show sans esbroufe ni afféterie, parfaitement dosé, alternant musique et danse – danses, devrait-on dire, ou danse de toutes sortes : dramatique, expressive, narrative, insouciante, festive aussi.

Malgré quelque effet théâtral ici et là recherché (et obtenu) par le metteur en scène David Montero (grand châle séchant à l’air conditionné de la salle et servant de paravent, bata de cola posée au sol comme un édredon sur un futon, loupiot agressif pointé sur le chanteur, côté jardin, apparitions-disparitions désacralisant le rituel aux moments opportuns), appuyé par l’éclairage ponctuel d’Ada Bonadei, amplifié au moyen des hautes fréquences (un peu trop, selon nous, dans certaines parties du chant de Monsieur Jesús par Angel Olalla), la pièce intitulée Tres (ce, bien que, comme les mousquetaires, les protagonistes soient en réalité quatre, si l’on a bien compté) et (ortho)graphiée « Tr3s », coule de source – aux racines d’un art transmis depuis plusieurs générations à la jeune femme.

Le style de la New-yorkaise est particulier. Ses membres supérieurs paraissent indépendants de ceux dits inférieurs car elle passe du zapateado au braceo sans fioriture ni transition. Tout le monde reconnaît qu’elle manie à merveille l’instrument de torture, engin gymnique, voire, en d’autres mains et sur d’autres jambes, circassien, figure imposée qu’est la robe à traîne. Mais on ne parle jamais de ses subtils mouvements de poignets. L’énergie circule de ses épaules jusqu’au bout des doigts et forme des signes purs et éphémères.

Surtout, elle compose comme aucune autre des dessins qui semblent évidents sur le moment avec toutes les lignes qu’offre la géométrie en 3 D – la trinité du titre se réfère peut-être à ces paramètres du proscénique. La sûreté des enchaînements, la variété des contrastes, la mesure précise des temps, forts ou, au contraire, morts, qui définissent la longueur idéale d’une phrase, la sobriété syntagmatique, la qualité du moindre geste ont fait de la bailaora une artiste.

Cette formule légère du spectacle qui ne peut être délivrée que dans une salle à échelle humaine obtient immédiatement l’adhésion du public – qui n’est pas la foule. On alterne cante grande et chico (Jesús Méndez excelle d’ailleurs dans la première catégorie) et des palos d’une grande variété (soleás, alegrías, bulerías, etc.). Tout un chacun peut dès lors s’extérioriser. Dire ce qu’il a à dire ou se taire.


P.-S.

photo : Nicolas Villodre

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