Accueil du site > Critique > Black Aphrodite

Black Aphrodite

vendredi 2 décembre 2011,
par Nicolas Villodre


Certes, ce n’est pas de la danse. On veut parler de la “pièce” de Robyn Orlin … have you hugged, kissed and respected your brown Venus today ?. Certes c’est du théâtre. Qui plus est, de la tendance bonsentimentale. Comme la foule. Ou les abonnés du TDV qui, après avoir été gentiment chahutés par les cinq bonimenteuses, comédiennes-chanteuses et, à l’occasion, aussi, danseuses, dans de brèves fausses impros “participatives”, finiront par les applaudir à tout rompre sans aucune rancune – une poignée d’entre eux, seulement, osant quitter la salle en cours de route, tandis que les pro-théâtreux inconditionnels comme Djack Lang resteront sagement assis jusqu’au bout de la nuit.

Le sujet de la légendaire esclave sud-africaine Sara Baartman, surnommée la Vénus noire ou Vénus hottentote, qui fut exhibée comme une bête, un monstre ou un phénomène de foire en Angleterre puis en France (on pense ici au rhinocéros vu en estampe à l’expo de la BnF sur Casanova, animal capturé au Bengale, qui fut promené dans toute l’Europe à partir de 1741, avant d’être montré à la foire de Saint Germain), au début du 19e siècle et dont les parties génitales constituaient la véritable attraction, de son vivant et après sa mort, dont le corps fut moulé et exposé au Musée de l’Homme jusqu’en 1974, n’est certes pas nouveau. Il a depuis longtemps inspiré écrivains et artistes divers, le dernier en date étant le cinéaste Abdellatif Kechiche. Mais il est suffisamment sérieux pour avoir incité Orlin à le traiter à sa façon, qui est à la fois digne, lucide et dédramatisante.

Le temps de s’installer, on peut admirer, vidéoprojetée sur scène, une boule neigeuse contenant la figurine de la Vénus de Milo (soit dit en passant, le Louvre est remercié dans la feuille de salle comme s’il détenait le copyright d’une œuvre faisant partie, depuis plusieurs siècles, du domaine public ; le produit dérivé, symbole du musée, est sans doute édité par la RMN). La metteuse en scène aime tout simplement les gadgets, les jouets enfantins, les objets de pacotille et il ne faut pas chercher ici de référence au Citizen Kane d’Orson Welles. On est tout de suite dans la problématique vénusienne (ou vénusiaque) et dans la fascination élémentaire, populaire – à ce qu’il paraît, les premières productions de ces boules à neige datent de l’Exposition universelle de 1878, à Paris, qui mit en valeur, notamment, les maîtres-verriers : un certain Georges Lenepveu, artisan originaire de Bayeux, serait l’inventeur de ce modèle de presse-papier.

Il faut reconnaître que les comédiennes, magnifiquement parées de costumes plus ou moins traditionnels de couleurs vives, ont de l’abattage. Elles transmettent une bonne partie de leur énergie au public. Et, surtout, chantent superbement, avec de belles voix de cantatrices – on songe à la version en langue xhosa de Carmen que signa, il y a plusieurs années déjà, Mark Dornford-May et qui célébrait aussi l’aspect massif des corps de ses interprètes. Orlin fait un clin d’œil en passant à Joséphine Baker, qui fut surnommée Bronze Venus (probablement après le musical éponyme joué par Lena Horne), qu’on retrouve dans un charleston endiablé.

Pour ce qui est de la danse, on retiendra essentiellement l’extraordinaire numéro du début du spectacle où les quatre femmes se retrouvent sur scène, devant une vidéo montrant au ralenti une coureuse de fond. Toutes évoluent alors en de gracieux mouvements amortis. En apesanteur.


Répondre à cet article




événements  |   Focus  |   Critique  |   Reportage  |   Formation  |   Médias  |   Auditions  |   Forum  |  
Suivre la vie du site RSS 2.0   |  Espace privé  |  Infos légales  |  Contact