jeudi 31 mars 2011,
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Fin mars 2011 a été donnée au CND une conférence dansée – ou, si vous préférez, une danse commentée – de Christine Bayle et de sa compagnie, L’Éclat des Muses, renforcée par des historiennes – la survitaminée Eugénia Roucher, notre soir de sortie, qui a traité, précisément, des… traités de danse. Il s’agissait surtout de faire découvrir le Ballet de la Merlaison, reconstitution en cours par la troupe au complet (Pierre-François Dollé, Caroline Ducrest, Irène Feste, Hubert Hazebroucq, Élyse Pasquier, Lubomir Roglev, Gudrun Skamletz, Emmanuel Soulhat) brillamment soutenue par l’Ensemble Passo Finto animé par le flûtiste-musettiste Patrick Blanc (Béatrice Delpierre au basson et flûtes à bec et Camille Antoinet, Céline Cavagnac, Pascale Clément, Michel Coppe, Hélène Platone aux violons de tous calibres et tessitures).
Ce ballet de Louis XIII (pas seulement par le style, mais au sens propre, puisqu’il fut écrit, musiqué, costumé et dansé par lui à Chantilly puis à Royaumont en 1635, ce qui ne nous rajeunit pas) dont on aura pu voir différents extraits sera (re)donné en exclusivité en septembre 2011 à l’Abbaye de Royaumont.
Eugénia Roucher a évoqué les maîtres à danser, auteurs de manuels sur la danse écrits en France, sous influence italienne, à partir du XVe siècle, à la suite de Thoinot Arbeau, et, en particulier, la figure de François de Lauze, qui publia en 1623 une Apologie de la danse. La mouvement se met en branle et son vocabulaire, en place, qui décrit le bal et le ballet. Un des transparents de la présentation montre la variété des verbes d’action et des adjectifs qualifiant ou précisant les pas, qui deviennent de plus en plus savants, les mouvements de la jambe libre et les appuis : assembler, couper, dégager, écarter, chasser en avant, en arrière ou de côté, couler, glisser sur le talon, derrière, en croix sur la pointe, changer de pied en s’élevant hors terre, sauter, sur la pointe du pied ; ainsi que les notions de fleuret, petit pas (sic !), menu pas (menuet), pas de courante, pas grave (si vous le dites !), pirouette, demi-pirouette, temps en rond, tour, entrechat, cabriole, demi cabriole…
Grâce à ce type d’indications, à ce commencement de notation ou de preuve par l’écrit et, surtout, aux partitions musicales arrangées par Patrick Blanc à partir du Manuscrit Philidor, Christine Bayle, l’une des grandes figures du renouveau baroque, dont nous avions apprécié, au côté de notre amie Sally Sommer, le spectacle Favori, que l’on danse ! donné il y a quelques années à Carnavalet (dans lequel intervenaient déjà Pierre-François Dollé et Patrick Blanc), s’est lancée dans cette aventure visant à ressusciter une œuvre narrative ayant pour thème principal la chasse au merle - certains y verront une métaphore guerrière, voire sexuelle -, Le Ballet de la Merlaison.
La compagnie, dans des tenues qui ne sont définitivement pas celles qui seront arborées aux galas de Royaumont, a présenté cinq des dix-neuf entrées du ballet et incarné en s’aidant de la danse et de la pantomime divers protagonistes et spécialistes : fauconniers, arbalétriers, pipeurs, giboyeurs, tendeurs de filets et autres piégeurs de volatiles. Après une suite de branles tirés du Manuscrit de Kassel, une même phrase musicale diversement orchestrée et altérée en son hémistiche (en mode majeur puis en mineur), on a eu droit aux numéros dansés sous forme chorale ou en trios : « Le Major », « Les Paysans », « Scerpiers », « Mascarin », « Les Trois nobles », « Les Fermiers », Arbalestriers », « Picoteurs ».
Christine Bayle se pose la question fort sérieuse du burlesque – qui n’a rien à voir ici avec la badinerie galante, libertine et libertaire du spectacle de Carnavalet, rien à voir non plus avec ce qu’on appelle de nos jours le New Burlesque – et définit le style à la française par le subtil dosage entre la géométrie et la finesse, l’humour et la virtuosité. Sans parler de la confusion des genres, y compris au sens premier du terme, du renversement (pré-révolutionnaire ?) des valeurs, le temps de la bouffonnerie, de la mascarade, du carnaval (ouf ! tout rentre dans l’ordre, ensuite, en principe).
En somme, du divertissement à l’état pur.
Photo : Nicolas Villodre