mercredi 16 mars 2011,
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Le jeune metteur en scène Damien Rondeau, conseillé par Anne-Marie Sandrini, a posé un regard extérieur sur la danseuse Maroussia Vossen pour composer le spectacle donné mi-mars 2011 à l’Auditorium Saint-Germain, intitulé Corps accords.
La pièce s’offre en boucle. Une vidéo projetée sur le mur du fond du plateau de la MPAA nous montre, en prologue, la danseuse en train de s’apprêter dans sa loge et, en épilogue, la même se démaquillant et faisant un clin d’œil au spectateur.
L’univers personnel de Maroussia s’exprime naturellement par sa façon de bouger, qui est unique, et dont nous avons déjà eu l’occasion de parler ici même – un mélange de danse libre, de pantomime, de gestes simples d’apparence mais qui sont en réalité travaillés, rectifiés, stylisés par l’exercice quotidien de son art.
Il est dans le cas présent incarné par des éléments objectifs – une série de pots de couleur orange qui captent bien la lumière, servent d’éléments de décor et également de prétexte à diverses actions, un fauteuil en toile de star qui sera aussi celui de la danseuse-spectatrice de son propre film, un chapeau romantique rappelant celui de Carolyn Carlson dans Blue Lady, qui signifie probablement le temps passé – couvre-chef que tiendra en mains Jean-Louis Vicart, chef d’un orchestre de silence, partenaire d’un soir auquel Maroussia et Anne-Marie Sandrini rendent ainsi hommage.
Les lumières et la vidéo (Stéphane Charles et Damien Rondeau) étaient sans doute un peu trop sombres. Ce qui est dommage et ne permet pas d’apprécier pleinement le film de Maroussia Vossen (d’autant, que pour faire un effet d’ombre portée de la danseuse se mirant, on n’hésite pas à éclairer l’écran !). Par contre (pour ne pas dire « en revanche »), un bel effet expressionniste de gigantesque ombre triangulaire donnait du sens à la variation sur la Gnossienne d’Erik Satie.
Les costumes de Sonie Bomo sont vraiment réussis ; ils ont des connotations exotiques ; ils suggèrent des espaces tels que les plaines de Mongolie, et des temps éloignés aussi, comme cette période immémoriale qui va du Moyen-âge à la fin de la Renaissance ; par leur aspect purement fonctionnel – le pantalon plissé façon Miyake –, ils contribuent à l’émancipation de la danseuse comme de la danse.
La boucle visuelle a un pendant sonore : deux airs baroques interprétés par Alexandre Tharaud grâce à la magie du disque. Entre les deux parties de la Suite en La de Jean-Philippe Rameau, on a droit à une version grave du « Smoke Gets in Your Eyes » de Jerome Kern et Otto Harbach, interprétée par le jazzman Stephan Oliva et chantée par Maroussia elle-même, l’excellent tune de Sarah Vaughan « Jump for Joy », qui pourrait être une définition de la danse, une composition de Roger Tessier dirigée par Jean-Louis Vicart, un morceau de Giovanni Fusco, la « Milonga triste » par Hugo Diaz, « Vendredi 13 » de Django Reinhardt, qui reste d’une étonnante modernité, la Gnossienne III de Satie par Tharaud et un puissant chant mongol interprété par Kawai Sarlag.
Cette référence à l’Asie, soulignée par des gros plans vidéographiques sur les yeux de la danseuse et par une robe-cape parfaitement coupée, extrêmement légère, concluait en beauté la série de danses de Maroussia Vossen, mises en scène par Damien Rondeau avec la complicité de Mlle Sandrini.
Photo : Nicolas Villodre