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Californie

Deborah Brockus : neo-Graham sur la Côte Ouest

Winter Intensive : retour sur le Brockus Project


Au sein du Brockus Project Studio, vous dirigez une compagnie, vous gérez un studio, produisez des spectacles, organisez des ateliers comme ce tout récent Winter Intensive 2010, tout en continuant à danser et enseigner ! Comment en êtes-vous arrivée là ?
À part une parenthèse new-yorkaise, je suis une fille de l’Ouest, où j’ai reçu la quasi-totalité de ma formation de danseuse. J’ai commencé le ballet toute petite, style russe et Balanchine, car j’avais des problèmes pour marcher et le docteur pensait que ça pourrait m’aider. En arrivant à l’université , j’ai découvert le Modern, le jazz, et j’ai commencé à danser en professionnel. Ma première prof, Jean Isaacs, a une compagnie à San Diego, Californie, (le San Diego Dance Theater, NDLR). J’ai ensuite étudié avec Timmy Rogers, qui a travaillé avec Graham, Alvin Ailey, Jerome Robbins, et a un style très agressif, une pure énergie où le corps est totalement engagé. J’adore. J’ai aussi étudié avec la compagnie de Bella Lewitzky, et notamment avec Judith Jamison. Mon but était de démêler le style mixte qu’on m’avait enseigné jusqu’à l’université, de remonter aux sources de la Modern Dance. Mon style est fortement Graham, mais avec aussi un peu de Limon, de Horton, de Jack Cole, car beaucoup de mes profs étaient influencés par Cole, et de Bob Fosse ! Je me sens donc tout à fait western : ce mélange des styles, cette envie de réaliser ses rêves les plus fous !

Au début de ma carrière, j’ai dansé dans des compagnies de danse, mais aussi des comédies musicales, des films, pour la télévision. Ma première prof a eu des problèmes de grossesse et pour lui rendre service, je l’ai remplacée : j’ai tout de suite adoré enseigner. Pareil quand j’ai fait ma première chorégraphie, c’était un peu par hasard et j’ai adoré. J’ai ensuite voulu faire mon propre spectacle, en dehors de cette compagnie. J’ai fondé ma propre compagnie en 1989. Ça a toujours été un peu la galère pour les salles, et je cherchais un espace à nous. Depuis juin dernier, je gère aussi ce studio, dans l’espace Brewery qui vient d’ouvrir. Auparavant, nous avions déjà tourné, jusqu’en France !

Alors que les États-Unis sont pleins de stages d’été, vous venez d’organiser un stage Winter Intensive ‘Master Teachers in LA’, très centré sur l’héritage de Martha Graham…
C’est vrai que, dans ce Winter Intensive, il y a beaucoup de danseurs, professeurs, chorégraphes issus de Graham ou d’un style Graham dérivé, mais pas seulement ! il y a aussi du Limon et du Horton, car la plupart des danseurs ont reçu des formations dans ces styles. Ce sont après tout les trois personnes qui ont cherché comment le corps bouge, au moment où ils “inventaient” la Modern Dance. L’idée d’un stage d’hiver m’est venue pour rendre service à mes élèves, qui cherchaient une préparation aux auditions des universités au printemps. Sur la Côte Ouest, rien. Pendant les vacances, le studio est souvent libre ; j’ai appelé mes amis ! Je pense que ce sont tous des ‘master teachers’, et pas seulement des ‘good teachers’. Des gens que je respecte comme danseurs, comme enseignants, et qui méritent ce respect. Ils enseignent en général dans des lycées spécialisés ou des universités de la région, souvent en poursuivant leur propre recherche artistique et chorégraphique. En fait, ils viennent d’horizons assez variés : Ron Brown a longtemps dansé avec Ailey, il a un mouvement clair, des lignes pures et classiques, mais il n’est pas pétrifié non plus. Pareil pour Sean Greene, qui est formé à Horton pour avoir dansé avec Lewitzky : il a poussé ce style plus loin, dans le relationnel, dans un mouvement plus passionné. Tadej Brdnik est le danseur de la compagnie Graham, il est donc un Grahamien pur et dur ! Lisa Long, Graham également, je la vois évoluer au fur et à mesure qu’elle enseigne. Les grahamiens en général s’intéressent de plus en plus aux diverses formes de Tai Chi et Yoga : c’est dans l’air du temps. Nous avons aussi des profs plus jeunes, agressifs en un autre sens : Bradley Michaud pousse tout à l’extrême, il se jette par terre, se renverse, s’inspire de la breakdance. Chad Hall est très analytique, Andrew Cowan, bien qu’il soit un disciple de Shen Wei, qui a dansé avec Martha Graham aussi, va dans la même direction. Ce n’est pas, loin de là, un vieux Modern figé, mais une danse en pleine évolution ! À l’Ouest, nous prenons ce dont nous avons besoin, et nous fonçons !

Pour ma part je considère ce premier Winter Intensive comme un grand succès : d’abord, je peux payer les profs ! Ensuite, bilan moral : beaucoup d’enthousiasme des profs comme des élèves, et les étudiants étaient d’un très bon niveau. Cela ne veut pas dire que tout le monde était du même niveau technique, mais tous sont venus avec ce même désir d’apprendre, d’essayer. Oui, c’est un succès !

Pouvez-vous décrire la situation de la chorégraphie sur la côte ouest en ce moment ?
Pour moi, la Côte Ouest est sur le point d’exploser. C’est un milieu en telle ébullition, avec beaucoup d’immigrants, toutes sortes d’influences, des rencontres qui prennent. Les artistes veulent du nouveau, du différent. Actuellement, on est dans un mélange de modern, de yoga, et de break dance. C’est super : c’est mieux que de faire du modern médiocre, même si certains n’en sont pas convaincus. En même temps, c’est assez difficile de travailler : les distances sont si grandes, on est loin de tout, et surtout, il n’y a absolument pas d’argent pour la danse. Bon, on est habitué à travailler sans argent, ça prend juste plus longtemps. Mais à travers des événements comme ce stage, on commence à montrer au monde de quoi on est capable !

Un autre problème est qu’on ne rencontre pas toujours de public, les gens sont assez peu au courant. Quand on programme un spectacle, ça peut être aussi bien salle comble que vingt paumés ! On s’habitue ! En ce moment, ce sont surtout des amis d’amis sur facebook qui viennent nous voir danser. Du même coup, on a aussi des retours plus nuancés, de la part d’artistes, d’intellectuels : ça change du spectateur américain moyen, qui jette à la poubelle tout un spectacle dès qu’il y a une innovation, un work in progress ou une partie plus expérimentale.

Dans quelle direction votre compagnie se dirige-t-elle actuellement ?
Toutes les directions avec des lieux pour danser et de l’argent à gagner ! Il faut bien vivre ! Comme moi, ou peut-être à cause de moi, la compagnie comporte un large éventail de styles : nous allons du néoclassique au Modern et contemporain, en passant par le jazz et la comédie musicale. Je n’ai pas vraiment de préférence particulière. Pour moi, le mouvement, c’est comme les vêtements ! Parfois je veux un bikini, parfois une robe de soirée, parfois des survêtements. Et ce que j’aime surtout, c’est la possibilité de changer selon mon humeur. Cependant, c’est parfois difficile de trouver des danseurs qui ont autant de flexibilité. Nous avons entre 5 et 10 danseurs, selon les projets. J’ai toujours quelques contacts sous la main, c’est selon les disponibilités de chacun.

Comment créez-vous ?
Ça dépend. Great Luck, une pièce avec du partnering, c’était à une époque où il y avait des travaux, je n’arrivais pas à avancer dans la circulation, et j’étais tout le temps en retard partout. C’est une pièce où un danseur est toujours contrôlé par un autre qui l’empêche de faire son déplacement en entier. D’autres fois je pars de la musique, car c’est très dur de trouver une musique qui corresponde à mon idée, si j’ai commencé par l’idée. Dans tous les cas, je ne crée pas linéairement, mais par sections que je mets ensemble peu à peu. Parfois je fais des commissions, mais en général, je fais ce qu’il me plait.

Je n’utilise pas l’improvisation pour créer. Parfois, j’insère une section ou les danseurs improvisent, chacun apporte ce qu’il a, mais c’est une partie de la pièce, non du processus de création. Je n’aime pas perdre le temps de mes danseurs. Le temps est précieux à Los Angeles, et l’espace rare, donc j’arrive en général avec quelque chose de prêt pour la répétition.
En général, ce qui m’intéresse dans le mouvement est tout ce qui est vigoureux, puissant, joyeux, aspirant. J’aime bien aussi le thème de fabric (tissus), que ce soit le costume, le décor, des effets sonores et visuels. En plus ça coûte moins cher ! Je suppose que je suis a fabriquer that comes from Graham !

www.brockusproject.org/brockusproject.org/Welcome.html







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