Centre Pompidou - Second Nouveau Festival
7 mars 2011
lundi 21 mars 2011,
par
Le Centre Pompidou accueille la première de l’opéra de poche d’Ellen Allien, Séverine Rième et Alexandre Roccoli. La musicienne de la scène abstract techno et les deux chorégraphes réunis au sein de la compagnie A short term effect proposent de se saisir de la machinerie du théâtre pour mettre en scène des corps au travail. Une belle tentative.
Au départ, il y avait un projet autour du poème How d’Allen Ginsberg. La structure bégayante, les visions sans fin, emportées par l’élan d’une langue rayée ont nourri les recherches des chorégraphes. Performance travaillée par les principes elliptiques du cut-up cinématographique et du collage littéraire, Drama per Musica, met sur scène trois hommes puis une femme, prêtresse dissimulée pendant la plus grande partie de la pièce. Une pièce qui tisse les fils d’une partition-personnage, kilim réalisé avec des brins de jazz, d’abstract, de poésie orale, de techno estampillée Bpitch Control mixer à des sons propres à la mécanique du théâtre.
Au montage sonore s’ajoute une création lumière impeccable menée par Séverine Rième que l’on connait pour deux de ses collaborations avec Myriam Gourfink. L’éclairage accompagne et souligne l’activité des corps des trois interprètes – Alexandre Roccoli, Michel Abdoul, Andros Zins-Browne – qui sculpte un espace imaginaire tout en déconstruisant peu à peu l’espace concret du plateau. La qualité des corps est surprenante -si les gestes sont saccadés, mécaniques proche d’une pantomime du corps-machine, de l’homme-objet soumis au travail - le mouvement est porté par un flux continu dont la fluidité renforce, par contraste, l’aliénation du geste segmenté. La chorégraphie s’écrit par sédimentation. Palimpseste mouvant où un geste est recouvert par sa répétition, sa déformation. La mémoire retient les signes tandis que la pensée peut dériver, bercée par les voiles hissée de ces travailleurs-pirates.
Drama per Musica - terme musical désignant le livret d’opéra - est une pièce en gestation. Le livret d’une pièce à venir dans laquelle la logique du corps au travail, du travail comme mise en lutte de ce corps mérite d’être à la fois épurée et amplifiée. Ainsi elle pourra parvenir à une poétique du spectacle total et accuser la stérilisation du mouvement par la mécanisation de ses gestes et peut être même présenter la danse techno comme une protection fondée sur le déplacement de la fragmentation dans des lieux de fête.
Image : Vincent Jeannot