jeudi 21 janvier 2010,
par
Dans le cadre de Faits d’hiver, danse d’auteurs, Felix Ruckert – accompagné de Lara Martelli – invite le public à une conférence-performance remplie jusqu’au débord d’une intelligence précise et drôle.
Le chorégraphe berlinois s’expose en dévoilant ce qui sous-tend ses différents projets. Leur point de départ pourrait être la difficulté à lire les émotions et plus encore à les créer. La joie et la peine se marquent indifféremment par les larmes ; ce qui provoque la colère peut tout autant embarrasser, dégoûter ou ennuyer. Au travers de ses expériences, Felix Ruckert a forgé un système de mise en équivalence d’émotions ressenties comme malfaisantes et de qualités nécessaires, reliées à certains fragments de corps. Ainsi, la tristesse fait face à la joie, toutes deux intimement attachées à la cage thoracique et au cou. Parfois douloureuse, la tristesse est dans le même temps bénéfique puisqu’elle amène à vivre la résonance.
La conférence alterne considérations théoriques et démonstrations pratiques. On pain&presence évoque des perceptions subtiles : sensibilité à la présence, empathie kinesthésique, satisfaction intellectuelle face à la finesse ou l’humour.
En-deçà de la transgression, l’expérience vécue.
La manière dont la douleur – liée à la peau et aux sens – modifie la présence est sobrement détaillée. L’impact et la caresse créent un mouvement interne, un écho flottant. Alors que le voir ou l’entendre appartiennent au passé proche, cette sensation de la peau est ancrée dans le présent, dans un incompressible ici et maintenant. La performance se termine par une courte démonstration de fouet, précise, sans aucune prétention au scandale.
Réputé sulfureux, Felix Ruckert dérange sans doute plus par son intelligence à répandre une pensée liée à la sous culture SM que par sa violence ou une quelconque trash attitude. Ses œuvres participatives mettent la transformation des êtres et le possible ré-enchantement du monde au centre du travail artistique.