vendredi 11 mars 2011,
par
Danseur chez Régine Chopinot, Angelin Preljocaj, Dominique Petit, Josef Nadj, Joëlle Bouvier-Régis Obadia, Frédéric Lescure peut être considéré comme l’un des « interprètes-inventeurs » de la Nouvelle danse française des années 80, pour reprendre la formule de Patrick Bossati. Le CND nous a invité à découvrir son travail en cours, début mars 2011, à l’occasion d’une répétition de sa dernière pièce intitulée Moqueuses dont la version définitive sera donnée, en matinée, au théâtre Golovine, en juillet, dans le cadre du festival d’Avignon.
Moqueuses est, au départ, une série de quatre solos exécutés par Fanny Bonneau, qui suit les ateliers du chorégraphe depuis 2004 et travaille avec lui depuis 2008, Isabelle Terracher, qui est sa femme et collabore avec lui depuis 1993, Yali Desoubeaux, qui suit ses cours depuis 2007, a été son assistante en Chine sur deux projets chorégraphiques et continue de l’être dans ses ateliers de danse contact et Marie Julie Debeaulieu, émoulue du CNSMD Paris, qui travaille avec la compagnie depuis plus d’un an.
On a eu droit dans un premier temps à des exercices choraux, sur, sous et aux abords d’un banc en bois à la forme toute simple. Le quatuor féminin a exploré les agencements possibles autour de ce meuble faisant aussi office de décor : la juxtaposition, l’agrégation et la dissociation des corps des jeunes femmes dans un espace restreint, contraint, succinct. On était proche des pantomimes comiques et des numéros cabaretiers d’autrefois.
Les costumes ne sont pas définitifs, la musique non encore achevée. Mais les solos, qui ont été, soit dit en passant, étrennés l’automne dernier à l’Espace Beaujon, paraissent déjà très avancés.
Le talent de Frédéric Lescure ne fait aucun doute. Son style délié, fluide, limpide, décompose le geste d’une manière qui, certes, n’appartient qu’à lui, mais qui laisse à ses interprètes le champ et le temps de se singulariser en le recomposant ou en se l’appropriant. La qualité du mouvement est telle que l’on n’éprouve pas vraiment la nécessité de raconter, de reproduire ou même de représenter quoi que ce soit d’autre que la danse elle-même.
Le travail d’analyse et de dislocation de Frédéric Lescure ne met pas en péril le corps des interprètes, à tout instant sollicitées, mobilisées, concentrées sur les phrases à aligner, les signes à enchaîner, les efforts à déployer. Formé, comme William Forsythe, à la technique Frédérick Matthias Alexander qui inspira aussi Moshe Feldenkrais, ainsi qu’au Body-Mind Centering ® mis au point par l’ergothérapeute Bonnie Bainbridge Cohen, le chorégraphe sait de quoi il parle, respecte ses interprètes (cela se sent), bref, connaît aussi les limites (actuelles) des corps.
Marie Julie Debeaulieu, photo Michaël Thiel