Hourra

dimanche 15 janvier 2012,
par Nicolas Villodre


Le théâtre Jean Vilar de Suresnes vient de prouver que dans le hip hop on peut avoir tous les jours vingt ans. En effet, c’est à une génération de pionniers, français ou étant intervenus de façon significative en France dans le domaine assez large que certains ont appelé « danse urbaine », qu’a été confié le programme de la soirée d’anniversaire de Suresnes cités danse 2012 : Storm, Farid Berki, Doug Elkins, Sylvain Groud, Sébastien Lefrançois, Mourad Merzouki, Kader Attou, José Montalvo. Cela s’est révélé copieux, divers et varié.

Bien entendu, tout n’était pas parfait. Ni même satisfaisant. Surtout, d’ailleurs, en deuxième partie de gala, censée en principe être plus festive. Paradoxalement, nous avons préféré la simple mais très dynamique juxtaposition de numéros du premier acte, artistement coordonnée par Sylvain Groud et menée tambour battant par Arnaud Le Mindu. Commençons donc par la fin, pour ne pas changer nos habitudes. Le goût en matière de visuel de José Montalvo (on n’a plus à vanter les formidables clips vidéo réalisés par Pascal Minet and Co) n’a pas suffi à rythmer la chose. On n’a pas osé abréger certains tunnels chorégraphiques proposés – on pense notamment à cet interminable tango de style piazzollien. On ne voit toujours pas (on doit être le seul, apparemment !) l’intérêt de coller systématiquement du baroque sur tout ce qui bouge – des scies musicales, qui plus est. Comme s’il était besoin, après quarante ans de hip hop (ce qu’a souligné dans son speech l’admirable animatrice de la première mi-temps, Céline Lefèvre), de légitimer une expression qui a fait ses preuves. De kidnapper pour ce faire toute une chorale (le jeune choeur de Paris) chargée de faire de la figuration intelligente sur cette musique d’ameublement ou de louer un clavecin, de défrayer deux musiciennes restées anonymes (une violoncelliste et une joueuse de clavier) au lieu de faire appel à des DJ en chair et en os.

Ceci dit, la pièce de Mourad Merzouki, Boxe Boxe, était et est excellente. Avec sa B.O. impeccable et une scénographie des plus efficaces. Cela le faisait donc, comme disaient les jeunes dans les années quatre-vingt-dix. La pièce a d’ailleurs été mise en valeur, en fin de spectacle, par des éclairages réussis signés Madjid Hakimi – notamment la partie en contre-jour. Pour ce qui est de l’entame, on a eu un époustouflant numéro de B-Boy Junior qui, de nécessité a fait loi ou vertu et qui a encore progressé dans le domaine du travail au sol – on ne voit pas, à l’heure actuelle, en dehors d’un extra-terrestre, qui pourrait réaliser de telles prouesses physiques et chorégraphiques. On a retrouvé avec plaisir le pionnier, outre-Rhin, de la danse debout, l’élégant et toujours hiphoplich korrekt Storm. Fish a épaté la galerie avec ses effets de manche et de bras mimant les vagues, comme les danseuses de music-hall des années vingt Hassoutra ou Lila Nicolska. La très photogénique Céline Lefèvre nous a gratifié d’un cours magistral de danse urbaine, émaillé de commentaires amusants, en gardant son souffle malgré le tempo vitaminé. On a failli oublier la remarquable variation tout en souplesse de Doug Elkins, une belle série gestuelle par laquelle la danse contemporaine tirait sincèrement son chapeau (son bonnet, sa casquette ou cagoule) au hip hop, ce sur la chanson métaphorique « Climb Ev’ry Mountain » extraite de La Mélodie du bonheur.

Les danseurs qui se sont produits sur scène (on pense non seulement à Mehdi Ouachek, qui nous a régalé de ses sauts uniques, enchaînés avec classe et à la subtile et toujours juste Lara Carvalho mais à tous les autres, qu’on se doit de citer : Lydie Alberto, Farid Berki, Amala Dianor, Abdoulaye Barry, Simhamed Benhalima, Farrah Elmaskini, Julia Flot, Kevin Mischel, Alfreda Nabo, Nabil Ouelhadj) ne sont pas seulement bourrés de talent, ce sont les chorégraphes à venir. Et donc à suivre attentivement. Il va sans dire que le public a longuement applaudi tous les artistes et est sorti du théâtre apparemment heureux.


P.-S.

photo : Nicolas Villodre

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