Théâtre national de Chaillot
dimanche 8 mars 2009,
par
Le ballet Hymnen n’avait pas été remonté depuis 1970 ! Aujourd’hui, Didier Deschamps, Lia Rodrigues et le Ballet de Lorraine proposent une nouvelle version. Gérard Fromanger, déjà présent en 1970, a repensé la scénographie.
Spatialisation
Le point de départ du travail chorégraphique est bien sûr la pièce électroacoustique et emblématique de Stockhausen, Hymnen, composée en 1967. Couleurs, mouvements, sons : cet Hymnen, remis à neuf, est moins une œuvre totale qu’une œuvre spatiale. Spatialisation des sons avec les quatre haut-parleurs (avant et arrière, à gauche et à droite de la scène) ; spatialisation des couleurs : la pièce est structurée par un enchaînement de panneaux lumineux, d’abord noir, puis blanc, rouge, jaune, bleu, vert, orange et mauve, pour finir sur le noir ; spatialisation de la chorégraphie illustrée par la multiplicité des figures géométriques : cercle, carré, mais aussi droites et segments constituées par les danseurs devenus points ; et enfin, spatialisation des trente-trois danseurs eux-mêmes dont six descendront de la scène pour occuper, quelques minutes, la salle.
Comment chorégraphier sur une fresque électronique, fortement chargée en informations sonores ?
Quand les quatre pistes de sons englobent beaucoup d’événements : hymnes nationaux en fond, cris d’enfants, rumeurs de foule, dissonances, brouillages, les mouvements sont généralement simples : marches, ouverture du bras en première position ; les déplacements sont lents. En revanche, à l’écoute de glissendi ou d’un bruit presque blanc, les mouvements ont tendance à s’amplifier, s’accélérer : déboulés, courses. À se complexifier : portés, travail d’appui et de repoussé. Toute la difficulté de Didier Deschamps et Lia Rodrigues est de rendre un visuel de Hymnen sans tomber dans l’illustration. Une main posée sur le cœur fait écho aux hymnes nationaux ; la manipulation de blouses blanches plastifiées souligne les froissements de papier entendus. Des correspondances certes, mais surtout des clins d’œil.
Les deux styles chorégraphiques sont palpables. Dans un premier temps, les mouvements sont conduits par une extrémité : tête ou épaule. Le corps est fluide, souple aussi : développé seconde, grand écart ; le travail d’extension est central. C’est Didier Deschamps. Dans un second temps, beaucoup de marches pulsées par le talon, un travail du touché mis en relief par les mains qui relient les danseurs entre eux, en ligne. C’est Lia Rodrigues.
L’image de l’universalité
Les danseurs de toute taille et de morphologie différente sont vêtus de pantalons et hauts unifiés, de couleurs changeantes selon les tableaux. Ils n’apportent pas une singularité, mais construisent une danse d’ensemble. La figure du groupe est pleinement à l’œuvre. L’universalité de Hymnen trouve son acmé visuelle en toute fin.
Souffle fort, continu. Sur le rythme binaire de la respiration, un danseur enchaîne, au centre de la scène, des demi-pliés parallèles et tendus. Il est vite rejoint par tous qui prennent sa respiration de corps. Demi-pliés, tendus. Lentement. Ils accélèrent ensemble. Le tendu est poussé jusqu’à la demi-pointe, puis au saut. Vient le dé-unisson. Chacun saute sur place à son rythme. Chacun trouve sa place dans le groupe.