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Jérôme Bel au pays des survêts

dimanche 27 mars 2011,
par Nicolas Villodre


C’est Byzance ! pouvait-on se dire à la lecture du programme de la soirée de clôture du festival de Vanves, dont on aura goûté l’apéritif : (un extrait d’)une pièce courte de Jérôme Bel, datant du siècle dernier (de 1997, pour être précis), intitulée Shirtologie et interprétée par Frédéric Seguette.

Mais Constantinople a été aussi, sur le plan des mœurs, extrêmement rigoureux. D’après certains, l’ascétisme byzantin, qui a été ressenti dans quantité de pays, dont la Russie, a joué l’arbitre des élégances en occultant la taille de la femme mariée aux regards potentiellement concupiscents des hommes – les charmes de celle-ci étant exclusivement réservés au voyeurisme concubin. Ce n’est pas un simple pardessus mais une enveloppe de plusieurs vêtements amples et flottants qui remplissait cette fonction.

Danse – aucunement dansée – des sept voiles, strip-poker pas du tout menteur, numéro cabaretier ou circassien de clown triste, routine d’un burlesque insuffisamment drôle (mais, après tout, on n’est ici ni pour la bagatelle ni pour le concours de maillots mouillés), la pièce de Jérôme Bel a en outre un aspect sociologique.

Certains y trouveront le constat, voire la dénonciation d’un mode de vie particulier (= américain), « décontract », « relax », devenu à partir des années cinquante (à la suite de Marlon Brando, un peu, et de James Dean, surtout) une mode universelle – le sous-vêtement anobli se changeant en vêtement et le casual, en usual. D’autres y liront une forme paradoxale de marchandisation du corps. Certains (la majorité, en fait) allant jusqu’à payer de leur personne et de leur poche pour devenir les hommes-sandwich de produits, de logos ou de slogans – la première utilisation publicitaire du T-shirt remonte, paraît-il, à l’annonce de la sortie du film Le Magicien d’Oz.

Frédéric Seguette, éclairé par un cercle ou plutôt par un ovale de lumière, muet, le plus inexpressif possible – cette neutralité étant parlante et même payante –, un peu accablé tout de même, comme abattu, les bras ballants, mue et se dénue face au public. Il passe en revue la collec « collector » du chorégraphe (à moins qu’il ne s’agisse de la sienne), en matière de Tee et de Sweat shirts.

Le danseur devient Top-Model, et même, à un certain moment, topless.

Ce défilé immobile de poupée russe se livrant à un effeuillage somme toute assez sage présente sa friperie au mauvais goût assumé (sans qu’il soit trop appuyé). Du pop art morne, anodin, ennuyeux. Une panoplie de fringues plus ou moins larges, plus ou moins courtes, avec ou sans manches mais finalement importables et interchangeables – s’annulant les unes les autres.

Avec des chiffres et des lettres inscrits au recto et/ou au verso. « 1999 Macau », « 1992 Disney », « 501 USA », « Angel », « France 98 », « 33 », « 13 », « 5 », « Michigan », « One T-shirt for the life »…

Le dernier gaminet, ou maillot de corps, ou tricot de peau, ou chandail, ou débardeur (chauffe Marcel !), ou chemisette en forme de « T », comme on voudra, a pour motif un squelette dessiné en blanc sur fond noir.


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