samedi 4 décembre 2010,
par
En première partie de la soirée des Inacs du 1er décembre 2010, le trio « Jeune Fille Orrible » (qui, apparemment, tire son surnom de la Comédie humaine balzacienne) a joué, pas de doute là-dessus, avec le mot ménagerie et toutes ses connotations – bêtes de scène, animalerie féroce, barnum, couple à trois, scènes de la vie domestique, changement de maisonnée, rangement, question mobilière, foyer fiscal, hygiène et propreté, bruit et odeur, etc. Jeune Fille Orrible a joué aussi de la musique live.
En moins de temps qu’il ne faut pour le dire, avec leur fourbi, Audrey Gaisan, Frédéric Danos et Olivier Nourisson ont administré ce qu’on pourrait appeler le chaos, le souk, le bazar, ces mots n’étant pas péjoratifs, dans la partie de la grande salle du RC de la rue Léchevin qui leur avait été réservée à cet effet. La performance n’était pas vraiment de la danse, à proprement parler, même si les objets ont valsé en tous sens. Plutôt un concert bruitiste. Pas au sens littéral de ce terme, bien sûr, puisque le trio n’a eu recours, pour produire ses sons, à aucun instrument musical, « préparé » ou non (la guitare sèche qu’un des compères n’a pas tardé à mouiller avec un litron de Banga dégriffé de chez Leader Price n’est pas du tout utilisée comme telle), à aucun « bruiteur », au sens où l’entendait (si l’on peut dire !) Luigi Russolo.
Mais à une collec’ (pour ne pas dire collecte) d’objets trouvés ici ou là, pas loin du lieu de leur crime ou de ce qu’ils qualifient d’« infamie ». Laquelle était plus préméditée (= calculée, composée, « écrite » à la demi-croche et au quart de ton près) qu’on ne croit. Le programme détaillait en effet la chose (les choses) longtemps à l’avance (le temps de s’organiser, de dresser la check-list et de tout faire entrer dans le coffre de la Twingo ou dans la panière du Vélib’) : guitare espagnole, tiges ligneuses, barres de fer, cymbales, scotch, plaques de polystyrène, caddie, maracas, grelots, wood-stick, abat-jour métallique, balai, pots de terre, tables, accordéon chromatique, harmonicas, chaises, bouteille en plastique vide, sac de pommes de terre, marteau-masse, coffrage d’aggloméré, tambourin, flûte à bec, baguettes de batterie, fauteuil club, pied de caméra, lame circulaire, peigne, cintres, rideau de fer, égoïne, sols, murs.
Pas de pitié pour les asthmatiques : les ready-mades (la roue de bicyclette n’était pas là pour rien !) ont été bel et bien secoués ce qu’il faut. La poussière âcre a été avalée vite fait bien fait par les spectateurs du premier rang. Une odeur de moisi a accompagné ce concert paupériste (d’arte povera) d’esprit dada (ou Merz), ou surréaliste (cf. le parapluie déplumé) si ce qualificatif n’était pas galvaudé.
On a déjà relevé que, malgré les apparences, la messe était d’avance dite et que, par conséquent, rien n’avait été laissé au hasard. Le moindre raclement sur le ciment du garage était… concerté. On n’était pas dans un set de musique contemporaine (ce, malgré la modernité emblématique des objets), dans un event de type Fluxus, pas même dans un concert de « free jazz » à l’ancienne où tout reposait sur l’improvisation, l’ici et maintenant, l’inhabituel (pour ne pas dire l’inac). Les musicos étaient sérieux comme des papes – et une papesse, pas si orrible que ça.
photo : Nicolas Villodre