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La Danse libre de Janine Solane

samedi 7 janvier 2012,
par Nicolas Villodre


Toute une époque ! Ce temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître, comme disait Charles Aznavour. On veut parler de celui de la danseuse, chorégraphe et pédagogue Janine Solane, dont le CND célèbre en ce début de 2012 le Centenaire de la naissance par une exposition illustrée d’archives audiovisuelles données à cet organisme par sa fille, Dominique Solane.

Un riche montage de documents de divers supports et sources, réalisé par Laurent Sebillotte (auteur aussi du commentaire dit en voix off) avec l’aide de Stéphane Caroff, permet de se faire une idée de l’apport de cette figure de la « danse libre » à la française, d’en découvrir presque toutes les facettes, par le biais d’un enregistrement d’émission de radio datant de 1950 déniché par Claude Sorin à l’Ina, d’une actualité de 1946 fournie par Gaumont Pathé Archives, de photographies datant des années vingt et trente, de films 16mm en noir et blanc et en couleur tournés en 1954 par Philippe Culmann (rebaptisé « Jérôme » dans la feuille distribuée au public), comme celui, très beau, détaillant La Grande passacaille, que nous n’avions pas revu sur grand écran depuis la Biennale de Lyon sur la danse française en 1988 et la conférence d’Elisabeth Schwartz, en 2001, qui traitait de la danse libre…

Le programme de l’Hommage à Janine Solane précise qu’il s’agit d’une « artiste remarquée avant et après guerre » et le document papier de l’exposition spécifie que sa carrière et son œuvre « marquèrent la danse en France avant et après la Seconde Guerre mondiale » tandis que le film montre clairement que, pendant le conflit, le spectacle, et la danse, ont bel et bien continué. On sait de nos jours qu’Irène Popard, l’autre adepte de la danse « libre », « harmonique et rythmique » des années quarante, récemment honorée par le CND, participa aux festivités et mises en scène grand public organisées par l’État français. Janine Solane, dont la carrière fut lancée par l’Exposition de 1937, inaugura et anima, durant des décennies, le palais de Chaillot avec ses danses chorales. Elle fut soutenue par l’immense poète Paul Valéry, dont l’avis faisait et fait toujours autorité en matière de danse. On ne peut pas dire que Solane collabora avec le régime du Maréchal. Il se trouve qu’elle produisit nombre de ballets, et non des moindres, sous l’Occupation : La Fugue en sol mineur, Olympique, Bacchus adolescent, La Marche funèbre, Saint Sébastien sous les flèches.

On est mal à l’aise en apprenant qu’un des journaux les plus compromis durant cette période sombre de l’histoire, Les Nouveaux Temps, fit l’éloge de son travail en 1943. Il en va de même de certains propos, surprenants, disant son dégoût pour des formes artistiques contemporaines jugées « sales ». C’est très paradoxal, de la part d’une chorégraphe qu’on rangeait parmi les modernes et non du côté des conservateurs ou des tenants de l’académisme.

Parlons-en, d’ailleurs, du style Solane. La chorégraphe fut une autodidacte, si l’on tient pour relativement négligeable sa formation, tardive et brève, auprès de Léo Staats et sa rencontre, plus marquante, sur le plan esthétique, d’Helena (ou Elena, ou Ellen) Tels Rabenek, une pédagogue initiée à la danse moderne par Irma Duncan, qui avait formé, notamment, Mura Dehn en Russie et qui, installée à Paris en 1927, lui transmit le dynamisme de la position dite « hanchée ».

Janine Solane eut très tôt la vocation (c’est le mot qui convient, étant donné son rapport quasi-mystique à la danse) et créa, adolescente, des pièces pour ses petites camarades. On a l’impression qu’elle ne doutait déjà de rien. Qu’elle n’avait pas froid aux yeux. Entre parenthèses : quand on voit ces jeunes femmes, à la fin des années trente, au début des années quarante, toutes jambes dehors, décomplexant ces messieurs du public du Trocadéro qui n’aspiraient probablement plus qu’à finir leur soirée aux Folies Bergère ou au Casino de Paris, on se rend compte que les danseurs actuels n’ont pas inventé la nudité (celle-ci fait partie de libération du corps prônée par Isadora, ou, si l’on veut, de son vœu de non chasteté). Janine Solane savait doser subtilement audace païenne, thématique chrétienne et musique sacrée. Mais il faut dire aussi que la danseuse était aussi extrêmement photogénique.

Janine Solane rayonnait donc et avait une aura assez rare (cf. le solo où elle… incarne Saint Sébastien), une gestuelle de prêtresse, une science de la pantomime. Les mains et le visage systématiquement tournés vers le ciel.

Malgré les contraintes imposées à son art (la virtuosité n’étant pas du tout le but recherché), la qualité du mouvement et la force expressive qu’elle communiquait aux autres – aux spectateurs comme à son gynécée d’interprètes ou, plus tard, à ses élèves – sont telles qu’on comprend la ferveur qui existait et reste encore vivace, de nos jours, pour cette personnalité de la danse.


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1 Message

  • Bien que Janine Solane ait créé plusieurs œuvres durant ces années de guerre, elle n’a jamais été du côté de Pétain ni des allemands, vous pourrez lire un témoignage d’une de ses danseuses de l’époque qui raconte comment ces jeunes filles investies dans l’art de la chorégraphie avec leur mentor Janine Solane pouvaient se venger en exhibant des costumes faits dans de la toile de parachutes anglaise. c’était leur manière de montrer leur désaccord même s’il semble bien puéril. Livre Janine Solane par Zaina Folco sorti fin 11/2011

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