jeudi 21 avril 2011,
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Les Japonais maîtrisent mieux actuellement la technique du fluide glacial et les phénomènes de mousson que la radioactivité, dirait-on. Fujiko Nakaya, « sculptrice de brume » (une nouvelle branche des effets spéciaux, à mi-chemin entre le métier d’artificier et celui d’acclimateur, qui tient compte et tire profit des expériences de cultures sous serre, des orangeries, des rideaux d’eau, des travaux de ventilation et de réfrigération), a l’occasion et les moyens de le démontrer de manière impressionnante au cours du dernier spectacle de Gisèle Vienne, présenté à Beaubourg, dont le titre, comme c’est devenu habituel en art contemporain, est livré en anglais, This is how you will disappear.
Le thème de la disparition, cher au verbicruciste qu’était par ailleurs Perec, et celui de la forêt, cher à l’ingénieur agronome qu’était aussi Robbe-Grillet (cf. L’Homme qui ment), sont très présents, pas seulement figurés ou évoqués, en quelques tableaux, et ce dès l’entrée du public, dans le noir : par les senteurs de mousse, de feuillage putréfié, de sous-bois humide d’une déco un bon moment encore hors de vue.
Ces scénographies un peu mégalos sur les bords dans lesquelles les objets remplacent les signes, où la nature morte est transplantée/transportée par camions entiers plutôt que représentée symboliquement, n’ont certes rien de nouveau : on en a eu des échantillons dans maints blockbusters de Pina Bausch, Susanne Linke, Mathilde Monnier, Anne Teresa De Keersmaeker, etc.
Le romantisme pré-écolo du botaniste qu’était également Johann Wofgang von Goethe, qui s’exprime poétiquement dans Le Roi des aulnes, est ici mixé à l’expressionnisme mélodramatique de Frank Wedekind (la fin étonnante de Lulu avec Jack L’Eventreur), et remis au goût du jour de nos faits divers contemporains, ceux qui semblent fasciner Gisèle Vienne et qui portent sur les fins tragiques de chanteurs de rock junkies (pléonasme).
Cette interprétation obsessive et précise limite sans doute la portée de la chose, sombre et floue au premier abord ; le fait est qu’elle estompe, un court instant, mais tout de même !, sans raison aucune, la beauté étrange, mizoguchienne, du premier tableau conçu comme un diorama, où s’illustrent la magnifique danseuse-gymnaste Margrét Sara Gudjónsdóttir, dans un état d’esprit proche de celui d’une Louise Lecavalier, sexy dans son mini-péplum néo-grec, apollinien, lifarien, laquelle passe, en un long plan-séquence, de l’impavidité absolue, de l’immobilité totale à des exercices de stretching puis à une brillante série de saltos en tous sens, et l’interprète cool, hiératique et fétiche de la chorégraphe, Jonathan Capdevielle, qui joue au coach puis à Robin Hood. Cette chute dans l’anecdote casse l’ambiance et remet en cause la polysémie d’un début digne des Nibelungen. Le show devient commun, facile, gore, (grand-) guignolesque, zombiesque, romerien. Une danse de genre avec une problématique pour ados attardés.
Mais qu’on se rassure, le finale, qu’on ne dévoilera pas, mérite le déplacement. Il réintroduit les motifs récurrents du muppet show lugubre de Miss Vienne, toujours, comme il se doit, sur fond de B.O. électrique à fond les curseurs. En même temps que des éléments, littéralement, fantastiques…
Photo : Nicolas Villodre