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Exposition au CND Pantin

La danse afro-américaine en histoire

Du 15 janvier au 7 avril 2009

par Thamin Abdesselam


De l’esclavage au bal d’investiture de Barack Obama, c’est le grand écart tenté par l’exposition "Danses noires, blanche Amérique", au CND de Pantin.

Les panneaux retracent du rez-de-chaussée à l’étage les étapes les plus marquantes de la danse afro-américaine. Des danses, des styles, ponctués et emmenés toujours par le rythme lancinant de la condition des noirs américains aux États-Unis.

Comme le souligne Susan Manning, historienne de la danse spécialisée dans les interactions entre danse et politique dans la culture du 20è siècle, l’évolution des danses afro-américaines a suivi celle, linguistique, de leur qualification par la société.

D’abord "negro" pendant l’esclavage, puis "colored" pendant la ségrégation, "black" pendant les premières revendications des années 60, pour devenir "afro-américan" à partir des années 1990.

Des claquettes aux droits civiques

Sur un ragtime au rythme compliqué les premiers danseurs comme les Nicholas Brothers lancent la tap dance (claquettes). Le style sera très vite rendu populaire auprès d’un large public, notamment le public blanc.

Les danses comme le foxtrot, s’introduissent alors dans les salons avant la première guerre mondiale. Le Lindy hop sera prisé jusque dans les années 40. Malgré ces succès, les danseurs noirs restent cantonnés dans des rôles d’acrobates, souvent burlesques.

C’est ce qui a amené Katherine Dunham, danseuse et anthropologue à chercher à définir la danse afro-américaine et à lui donner sa consistance et son identité culturelle propres. Militante, elle fera supprimer lors de ses tournées la ségrégation dans les salles de spectacles où elle se produira. Elle développera aussi, grâce à sa solide formation en danse classique et moderne et ses nombreuses recherches anthropologique et notamment aux Caraïbes, une technique singulière qui amène notamment un travail sur les isolations.

Elle ouvrira la voie à d’autres danseurs noirs, qui par la suite dans le contexte des mouvements des droits civiques, vont revendiquer leur légitimité et des moyens de travailler égaux à ceux des autres chorégraphes.





C’est ainsi qu’Alvin Ailey produira après la deuxième guerre des spectacles évoquant l’histoire des ancêtres africains dans le sud des Etats-Unis.

Puis viendront Eleo Pomar : "Je ne crée pas des œuvres pour amuser les blancs, je cherche à leur faire ressentir l’expérience noire de l’intérieur". En contraste, Arthur Mitchel, premier danseur solo noir dans le Ballet de Balanchine, quittera la compagnie suite à l’assassinat de Martin Luther King pour fonder sa propre école à Harlem, devenu par la suite une institution.

Les autres suivront, Diane McIntyre, Chuck Davis, Bill T. Jones, Ralph Lemon, etc.

L’exposition ne montre qu’un échantillon des chorégraphes contemporains. Mais la plupart restent dans leur expression en réaction à la situation sociale et politique. Dans la suite du cycle "Danse et résistance" de l’année dernière, l’évocation de la danse afro-américaine est restreinte à une lecture uniquement sociale et politique et assez peu chorégraphique. Seulement à la fin du parcours, l’évocation de Barack Obama laisse espérer la fin de cette aliénation.


Extrait du bal d’investiture de Barack Obama.



Itinérante, l’exposition sera visible également du 16 janvier au 27 février 2010 à Cesson-Sévigné et la MJC de Pacé.


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