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La garden party de Plastique danse flore

samedi 17 septembre 2011,
par Nicolas Villodre


La cinquième édition du festival versaillais au nom énigmatique de « Plastique danse flore » était riche et variée. Comme à l’accoutumée. Avec des déceptions, qui montrent en tout cas que Frédéric Seguette mise beaucoup sur les créations, autrement dit sur des choses « jamais vues », ni par lui ni par le public, mais qui peuvent se révéler, dans les faits, pas si inédites que cela, et d’excellentes surprises. Cela permet au spectacle, comme à l’anti-spectacle, de continuer.

Claudia Triozzi s’est débrouillée, au prétexte d’une recherche « sur la représentation du luxe associée à la figure du cheval » (dont on cherchera vainement trace dans sa « performance chorégraphique ») et d’une interrogation sur « la relation privilégiée que le féminin entretient avec cet animal », pour prendre une quinzaine de cours d’équitation aux frais de la princesse (douze avant les représentations et trois pendant), dans le cadre d’une « résidence chorégraphique ». On est ravi pour elle, même si la conférence dansée ou plutôt montée traîne en longueur, retarde de près d’une heure les deux spectacles du soir et n’offre aucune forme plastique, dansée, faunesque ou florale qui n’ait déjà été répertoriée. Certes, la jeune femme a du peps, du bagout, et même de l’humour. Elle a invité une des responsables de la Fédération française d’équitation à venir dresser l’historique de la monte en amazone et a illustré ses propos par des démos exécutées de bonne grâce par l’élégante écuyère Anne-Laure Chalumeau et son cheval Clyde. L’œuvre s’intitule Idéal, se référant sans doute au cheval de course mythique français, Idéal du Gazeau. La « chorégraphe » nous a paru, quant à elle, un peu… cavalière.

Yellow Project Versailles (ou Yellow Workshop Versailles), titre en anglais, comme il se doit, méritait le détour. Mickaël Phelippeau, avec la complicité des étudiants de l’Ecole nationale supérieure de paysage et la collaboration de Valérie Castan, s’est vraiment investi dans sa résidence versaillaise. Il a joué le jeu du collectif et de la rencontre fortuite qui est à la base de son « concept » de bi-portraits où il demande à un inconnu croisé par hasard de troquer ses vêtements avec les siens, le temps d’un instantané photographique et a, aussi, revisité le folklore régional, avec son Bi-portrait d’Yves C, consacré à Yves Calvez, chorégraphe d’un cercle de danse bretonne. Dans sa performance nocturne, le thème du jaune, traité en peinture par Yves Klein qui, à ses débuts, ne s’était pas encore focalisé sur le bleu et, bien sûr, par Olivier Debré, a servi de fil conducteur aux tâches, consignes et actions exécutées avec enthousiasme par une vingtaine de jeunes gens se fondant ou, au contraire, se détachant du paysage, de cette mare aux canards et aux canaris, miroir aux alouettes dupliquant leurs gestes, au fin fond du « jardin extraordinaire » qu’est le potager du Roi Soleil. Phelippeau connaît ses classiques par cœur, sait ce qu’est la composition, admire les impressionnistes et leurs déjeuners bucoliques et autres dînettes orgiaques, a entendu parler d’Anna Halprin et du land art, connaît les emballages de Man Ray comme ceux de Christo, admire les films de Fellini, de Mizoguchi et de Kurosawa… Cela se voit. Sur une playlist faisant la part belle à la pop anglo-saxonne (cf. le « Yellow River », par exemple, interprété non par notre Joe Dassin mais par le créateur du tube, le Britannique Jeff Christie), les paysagistes en herbe se sont jetés à l’eau, sans le gilet de sécurité fluo de rigueur, et ont transformé le potager en cour de récréation. Le cours de Phelippeau a atteint son but et porté ses fruits.

Le concepteur de lumières Yves Godin a imaginé un Jardin des leds. Avec peu de moyens investis au départ (trois-quatre guirlandes monochromes, posées au sol ou suspendues comme des cordes à linge, quelques boules à facettes rappelant celles des discothèques d’antan, une dizaine de fauteuils gerbables assortis, en matière, naturellement, plastique), il parvient à bluffer son monde en produisant un maximum d’effet, une fois la nuit tombée. Grand Magasin, dans ce contexte noctambule, a opté pour un programme festif, une comédie musicale sans aucun dialogue, sans du tout de scène théâtrale, sans le moindre gag comique, enchaînant les Vingt-cinq chansons trop courtes écrites et psalmodiées par Pascale Murtin, jouant finement sur les mots, les sons et les sens, entre « Débit de l’eau, débit de lait » et « Ta Kati t’a quitté », accompagnées par Arsène Charry, un batteur tout ce qu’il y a de pro, puis par le multi-instrumentiste François Hiffler, qui, on le sait, a plus d’une corde à son violon d’Ingres. Facile à dire, comme ça, « enchaîner » : une fois in situ, c’est pas la même chose. Il peut y avoir les intempéries, le vent qui frappe à la porte et qui renverse tout sur son passage, les amours mortes et l’écran de cette nuit blanche où l’on projette non pas des clips vidéo mais, plus prosaïquement, les lyrics du karaoké. Le froid qui paralyse la chanteuse. Ou, au contraire, le feu de la rampe leds-zeppelinesque qui aveugle les deux artistes. Sans oublier les réglages, pas toujours évidents dans le noir, de la boîte à rythme ou du volume (la sono étant, soit dit entre parenthèses, excellente). Et les hésitations sur le ton différent ou presque de chaque tune. Malgré, ou grâce à cela, le résultat, une fois de plus, relève du miracle. La poésie et une forme d’humour assez subtile, laconique, personnelle en même temps que neutre, sont au rendez-vous. On attend avec impatience la sortie du CD.


P.-S.

Photo : Nicolas Villodre

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1 Message

  • Bienvenue le plein air

    25 septembre 2011 20:59

    Bonjour PS, Nous avons eu le plaisir d’être au festival. Et vos propos sur l’art nous paressent autant superficiels que complètement décalés de la réalité du travail. La première question qui se pose pour un artiste du plateau est : qu’est-ce que travailler en plein air ? Quel type de décalage et de regard doit-il mettre en œuvre ? Pour ce qui concerne IDEAL de Claudia Triozzi, ce qui nous a parut offrir de l’intérêt n’était pas la nouveauté de la proposition mais la lecture de la conctinuité d’un aspect de la recherche de cette artiste. Nous nous efforcons de mettre en avant le fait de devoir rencontrer les artistes et de connaître leur démarche avant d’être dans la superficialité et le ridicule de la critique. Ou de se servir de phrases écrites par d’autres. La question de se payer des cours nous ramène au fait de se payer un décor, des interprètes. Et Alors ? Que voulez-vous dire avec cela ? De quel argent vous parlez ? Vous parlez du gaspillage d’argent, mais dans le monde de l’art, mon dieu ! Au contraire, se payer des cours (on l’écrit en connaissance de cause) pourrait être une question très intéressante dans une démarche artistique car le danseur apprend à payer ses cours très tôt (dans sa formation) à hauteur de 15, 20 euros par cours et cela dure longtemps. Dans une démarche de création, ceci ne nous parait pas être une aussi mauvaise réponse que cela. Mais vous n’êtes sans doute pas au courant. De ce qu’est l’art, pour revenir au jaune, on se permet de vous faire remarquer que afficher la couleur de l’artiste n’est pas forcément un endroit suffisant en soi pour le cautionner ni connaître la couleur qu’on va voir ne nous paraît être très enthousiasmant. Concernant le collectif, pour la pédagogie, il serait souhaitable que chacun trouve sa couleur. Pour vous dire qu’on peut commencer avec le jaune, puis chaque personnalité trouvera ensuite la sienne. Pour ce qui concerne les choses qu’on a vu 1000 fois sur le plateau, cela vaut autant pour la couleur que les boules de disco. Tout cela pour vous dire que des lectures aussi superficielles tel que votre article en témoigne ne nous intéressent pas. Donc, les questions que vous soulevez ne sont pas les bonnes. Il va falloir faire un effort. P.C.

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