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"ad Vitam", de Carlotta Sagna

La psychose en deçà de la danse

samedi 24 janvier 2009,
par Thamin Abdesselam


Seule au milieu de l’étendue blanche du studio de Micadanses. Vêtue d’une tunique et d’un pantalon en toile épaisse, des souliers à gros talons, presque orthopédiques sur cette surface médicalisée. Son pas lourd et ses mouvements de bras maladroits l’amènent au milieu de la scène. On aperçoit une fille sans âge, timide, mal à l’aise.

Soudain isolée sous une douche de lumière, elle entame un long monologue. Les bras le long du corps raidis jusqu’au bout des doigts, on distingue peu à peu une souffrance. Le discours évoque la différence, la distance avec la "normalité ", une lutte au quotidien pour la masquer. En vain. Dans le bus, à la boulangerie, dans la rue, l’angoisse est décuplée par le regard des autres.

Puis vient le repli, le silence. Les maux cessent d’être dits, c’est le corps qui parle. Ou plutôt crie, en silence.

Spasmes, tronc recroquevillé, visage tordu vers une idée qu’on n’imagine pas, doigts crochetés par un dégoût intérieur. Les positions alternent avec le jeté d’un bras ou d’une jambe qui chercherait à fuir violemment ce corps enfermé dans la douleur. Les mains se mettent à frapper la poitrine incessamment dans un désir de détruire, de casser l’enveloppe carcérale. La gorge est presque arrachée pour libérer l’indicible.

"Le précipice est à la portée de tous, la vie nous en fait frôler le bord à plusieurs reprises, faire le pas et y tomber n’est qu’une petite faiblesse. Révéler cette vulnérabilité qui selon le terrain psychique de la personne peut devenir une pathologie. Poser la question des limites du normal et du pathologique. Décomposer et remettre en question la frontière entre les deux". Carlotta Sagna ne mime pas la psychose, elle la vit et l’expose courageusement. C’est la sienne sûrement, et c’est la nôtre aussi.

Enfin une fanfare tonitruante nous replace dans une enfance. Elle déboule, tournoie et gesticule en prenant soin de souligner les accents précis de la musique. Comme pour rappeler qu’il s’agit d’une chorégraphie, d’une création pour le festival Faits d’hiver - danses d’auteurs, cuvée 2009.


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