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Théâtre national de Chaillot

Le parcours du Cerf à Chaillot

lundi 30 novembre 2009,
par Charlotte Imbault


« Vous êtes Princesses 2, vous commencez par le parcours, vous êtes un cerf. » Suivant les consignes, on se dirige vers le Sous-Foyer avec le groupe des Oiseaux et des Béliers qui, eux aussi, commencent par la déambulation. Les Licornes, quant à elles, sont déjà dans la salle Jean Vilar. On les y rejoindra plus tard. Habillés de noir avec de grosses têtes de cerf, quatre danseurs nous encadrent avec leur gestuelle profilée, leur démarche cadencée, les mains derrière le dos.
Première station. Placé sur les côtés du long Sous-Foyer, le public a laissé libre l’allée centrale pour Princesse métamorphée. Christian Bourigault peut défiler. Le chorégraphe-danseur descend lentement les marches pour nous rejoindre, incognito. Tout en rouge. Une robe de velours jusqu’aux chevilles, un long chapeau pointu, disproportionné, ku klux klantesque, lui masquant le visage et, à la main droite, cinq proéminences en guise de doigts. Progressivement, il se déshabille laissant apparaître son torse nu d’homme et ses jambes recouvertes de poupées Barbie scotchées ensemble, cheveux ébouriffés. Christian Bourigault joue avec ses guirlandes de femmes pour les laisser sur le sol et s’en va, étonné de ce dénuement, le dos tourné au public.
Deuxième station. Cette fois-ci, entre Cerfs, après un dédale de couloirs, on s’assoit sur des marches, en place pour Louves de et avec Christian Ben Aïm. Le dispositif détonne. Un enclos transparent avec deux lapins, une colonne de tronçons d’arbres au sommet de laquelle trône une pomme. Blanche neige ? Fumée banche, arrivée en fanfare d’un chaperon rouge aux jambes velues d’homme, chaussées de talons rouges, sur un mini vélo traînant derrière lui une peau de bête. Le chaperon pédale à tout rompre, s’arrête, avec la grâce d’un biker. Le mythe détourné. La pomme sera croquée, la colonne démolie à coups de hache, la peau de bête enfilée. De dos, le danseur sort en activant sa ceinture d’explosifs qui lui barde le torse.
Troisième station. Au Grand Foyer, une scène en forme de croix a été installée. Nathalie Pernette est proscrite à une extrémité tandis que Shiro Daïmon, couché sur le sol, recouvert de fils rouges, se dissimule. Des ballons argentés, hydrogénés, flottent au-dessus du danseur. Entre les deux, une épée est plantée, à la verticale. De part et d’autre de la salle, placés sur des pupitres, Jacques Charles au saxophone soprano et Pierre Ragu à la clarinette. Nathalie Pernette en gris, couverte d’une armure légère en grillage de fil de fer (dessinée par Nadia Genez) ouvre une autre temporalité, centrée sur la respiration. Les mains commencent par jouer avec le rythme de la clarinette. Les mouvements sont de plus en plus amples, la respiration se fait plus sonore et des mots japonais sont prononcés jusqu’au soulèvement de l’épée. À la quête du Graal. Positions de combat, grandes secondes ouvertes, mais aussi ondulations du bassin animent le corps de la danseuse. Face à ce Georges de la chorégraphe, Shiro Daïmon vient à sa rencontre lentement avec son Monstresses, évoquant le kabuki par cette créature étrange, mi-dragon mi-homme que le danseur fait mouvoir sous nos yeux.

Le projet Princesses est né en 2008, à l’initiative d’Odile Azagury, et a été présenté pour l’inauguration du Théâtre et Auditorium de Poitiers. À l’origine, il y avait vingt et un chorégraphes. À Chaillot, pour cette reprise, ils sont douze. En deuxième partie de programme, dans la salle Jean Vilar, c’est un peu les princesses des années 1980 qui ressurgissent : Jean Gaudin, Carolyn Carlson, Andréa Sitter, Guesch Patti, Héla Fattoumi et Bruno Dizien viennent à tour de rôle présenter leur solo. Carolyn Carlson, en Belle au Bois dormant, d’abord endormie sur un banc, évolue en robe bustier mi-momie mi-papier froissé, cheveux électrifiés. Elle danse avec ses bras : un bras tendu qui attrape le vide, des mains qui deviennent griffes et s’agrippent à l’espace, des poignets qui se cassent. Andréa Sitter arrive en racontant une histoire avec son léger accent allemand et donne la tétée à un chevreuil blanc, grandeur nature. En robe noir, Guesch Patti fait ressurgir les déboulés, développés pieds flex, le buste projeté en arrière. L’espace est épuré : cinq oiseaux perchés sur une branche et des tentures noires pour toute scénographie. En latex noir et casquée d’une perruque blonde, Héla Fattoumi danse Apparat, solo co-chorégraphié avec Eric Lamoureux qui met en scène des extensions en métal fixées sur les mains, longs doigts d’acier de deux mètres environ, à la fois cage, jupe et arme. Après une entrée royale sur un cheval – un vrai –, Bruno Dizien lance les mots de la fin : « Le paradis est un endroit où rien n’arrive jamais ». Vraiment ?
Le final, quelque peu improvisé, regroupe tous les participants avec, en Reine de la nuit, Guesch Patti, perchée sur une plate-forme et vêtue d’un manteau blanc aux éclats d’argent. Les chorégraphes finissent inanimés dans des cylindres transparents, descendus des cintres. Le monde burlesque et fantastique s’éteint : le cœur a ses princesses que la raison ne connaît point.


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Portfolio

Christian Ben Aïm (c) Arthur Pequin Shiro Daïmon et Nathalie Pernette (c) Arthur Pequin

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