lundi 21 novembre 2011,
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Le Théâtre de Gennevilliers accueille la dernière création de Joris Lacoste que certains auront découvert au Printemps de Toulouse. Il est aisé d’imaginer que l’hypnose fascine l’homme de l’Encyclopédie de la parole, un collectionneur de phrasés qui rend aux mots leur caractère incantatoire. Parole hypnotique, parole thaumaturge ? Le Vrai spectacle repose sur la croyance en une parole capable de créer des images mentales, de projeter un spectacle différent en chaque crâne.
Depuis 2004, Joris Lacoste explore les enregistrements de voix hypnotiques visant à délivrer des addictions quotidiennes ou à augmenter le charisme. Il pratique également l’hypnothérapie jusqu’à en maîtriser les codes et les leviers. Déjà au Théâtre de la Cité Internationale, il tentait d’en souligner la force poétique et narrative grâce à Restitution, une performance constituée du récit de l’expérience d’un cobaye qui avait été guidé par la voix avant l’entrée des spectateurs dans la salle. Il s’agissait alors de souligner la singularité de l’expérience tout autant que la puissance de la parole comme entité suggestive.
Avec Le Vrai spectacle, il s’agit d’élargir l’expérience à une salle entière, en renforçant l’effet de la parole par son interprétation par un acteur, Rodolphe Congé et l’apport de la musique de Pierre-Yves Macé et de la lumière crée par Cathy Olive. Guidé par la voix du comédien et mis en condition par l’environnement sonore et lumineux chaque spectateur devrait être en mesure de jouer pour lui même une partition théâtrale visuelle et sensible.
Parfois, cela ne fonctionne pas. L’expérience d’un spectacle rêvé face à une pièce de Sankai Juku ou un film des frères Quay ne prend pas pour tous ce soir-là à Gennevilliers. Et certains si certains sont gentiment fâchés ou un tantinet agacés, d’autres se sentent mauvais joueurs ou pire, mauvais rêveurs. Les voilà dépités, écoutant avec envie les récits de ceux pour qui Le Vrai spectacle était présent. Qu’ils réécoutent donc Au musée du sommeil pour se consoler, c’est peut-être le mieux à faire.
Le spectacle peut donc être en grande partie déceptif si l’endormissement est trop profond, le lâcher -prise insuffisant ou l’imagination appauvrie. Toutefois, le spectacle réel, le comédien enveloppé de sa litanie de mots, la musique et les effets visuels permettent de dédommager celui qui se prend à douter violemment de la puissance de son imaginaire. Et il n’est jamais inutile de rappeler que tout spectacle est construit sur la rencontre de ceux qui sont venus montrer et ceux qui sont venus regarder.