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Léandre, la légende

samedi 29 octobre 2011,
par Nicolas Villodre


A l’approche de la Toussaint, le CND a programmé un atelier « animé » par la danseuse-chorégraphe Cécile Loyer et la contrebassiste-compositrice Joëlle Léandre, aux seules fins de vérifier l’oxymore suivant laquelle « l’improvisation ne s’improvise pas ».

Nous avons eu l’occasion d’assister à une bonne partie de la séance publique closant la semaine de stage où musiciens, danseurs et vocalistes (les rôles pouvant être interchangés) ont présenté une série de ce qu’il est convenu d’appeler, dans le milieu de l’art contemporain comme dans celui de la danse, « propositions ». Avec l’humble connotation d’inachevé qui va avec – autrefois, dans les années 70, cette fausse modestie se dissimulait plus volontiers sous le concept de « work in progress ».

On peut situer les performances que nous avons vues et entendues quelque part entre la « création » et l’exercice de style, entre l’écriture (une jeune femme nous a d’ailleurs lu des poèmes en prose probablement de son cru) et le cri, le prémédité et l’ici et maintenant, le cliché et l’insolite, la forme et l’informe, le laborieux et le ludique, la foire et l’empoigne, le calcul et l’improvisation, le jazz et la java (sans doute la raison pour laquelle l’accordéon sous toutes ses formes, bandonéon compris, est de plus en plus présent dans la musique d’origine noire-américaine).

Cécile Loyer a transmis aux jeunes danseurs son expérience d’interprète contemporaine et, surtout, son approche particulière de l’improvisation par le biais du butô, une expression qui a toujours cultivé la qualité de la présence sur scène – la chorégraphe a suivi l’enseignement de la danseuse Mitsuyo Uesugi, elle-même disciple de Kazuo Ôno. Elle a travaillé avec un groupe mais à demandé à chacun de composer seul pour mettre en lumière sa singularité. Joëlle Léandre, qu’on ne présente plus, puisqu’elle a joué avec les plus grands, que ce soit en jazz ou en contemporain, et qu’elle est depuis longtemps l’une des figures majeures de la musique improvisée, a voulu privilégier les rapports d’artistes au sein de petites formations (duo, trio, quartet). Toutes deux ont fait en sorte que les disciplines puissent communiquer, interagir et s’entendre.

Pour ce qu’on en a vu, la mayonnaise prend ou ne prend pas. C’est que la chose improvisée est fragile, comme, du reste, toute musique jouée live, et comme la danse vivante. Elle résonne sans raison, au moment où plus personne ne s’y attend – on pense au duende dans le flamenco. La sauce (la salsa, comme on dit du côté de la côte de Miami) se lie peu à peu, s’épaissit, perd de la saveur ou retombe comme un soufflé trop vite refroidi. Une des difficultés est pour les interprètes, nous semble-t-il, de garder une certaine distance, pour ne pas dire l’esprit critique, avec ce qui se trame, et qui peut aller jusqu’à l’état de transe, qui résulte de l’initiative de tout un chacun et de tout ensemble. Pour paraphraser Brassens, la créativité, papa, ça n’se commande pas.

Citons pour finir cette belle phrase de Joëlle Léandre : « J’ai toujours pensé que la musique était du "corps" et du "geste" ».


P.-S.

photo : Nicolas Villodre

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