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Les Fioritures de Flores

mercredi 18 janvier 2012,
par Nicolas Villodre


Contrairement au guitariste mis en vedette par Patrick Bellito et le Festival de Nîmes, Juan Ramón Caro, au toucher délicat parfaitement valorisé par la sono et à la technique époustouflante - byzantine, redoutant le vide et meublant tout silence, chargée de sens ainsi que de ce trop-plein de notes mozartien dont finit par se plaindre Joseph II -, le danseur Marco Flores, quoique limité dans son champ d’intervention, communique illico avec le public. Cela peut paraître injuste, mais c’est comme ça.

Le physique compte un peu, probabement. Et cette première impression qu’on donne de soi. Alors que le tocaor baisse la tête en permanence et ne se soucie - pense le commun des aficionados - que de réaccorder sa guitare après chaque remate de falseta en se se cachant derrière sa barbichette maniaquement taillée et ses lunettes de bigleux, le bailaor apparaît, d’emblée dans le "dehors" - notion empruntée par les danseurs de flamenco précieux, comme Antonio, au ballet classique -, dans l’exhibition, la démonstration.

Le jeune gens se sait beau, cela se sent. Son cabotinage narcissique est dans le cas présent supportable. L’est un peu moins son côté grimaçant, redoublant - en l’annonçant ou la commentant en léger différé -, une gestuelle par ailleurs suffisamment expressive comme cela.

Que le jeune trentenaire souffre ou ait souffert ne regarde après tout que lui. Il n’a pas, selon nous, à en faire étalage. Ou objet de chantage. D’autant que c’est dans les joyeusetés (les Alegrías) que son art trouve sa plus juste adéquation. Dans les gaîtés de l’escadron. Et dans ces Bulerías, offertes en rappel, pour le même tarif.

Le danseur a le look, on l’a dit. Une ligne, de la prestance et de l’assurance. Sobrement coiffé et blanchi (pantalon strictement noir et deux chemises, une par variation), il est, d’abord, à l’unisson avec le caisson (David Dominguez aux percussions), d’emblée dans la ligne plaintive du cantaor écorché vif de service (José Martin "Salaito"), d’accord avec le joueur de six-cordes lancé dans l’arène des grands - celle de Nîmes, en l’occurrence.

Marco se tapote le corps du bout des mains, comme pour vérifier que rien n’y manque. Exécute nombre de tours, également et élégamment. Se déhanche et a par endroits des mouvements un peu féminins. Joue des poignets de façon unique. Fait claquer ses doigts - ces pichenettes sont les castagnettes du pauvre. Frétille, trépigne et zapatée finement.

Dans sa deuxième intervention, il mouline du bras droit pour être sûr d’être remarqué du dernier rang du théâtre. Il danse aussi parfois dos au public. Et il se rapproche volontiers de ses collègues.

Il est jeune et peut par conséquent évoluer, gagner en muscle, en intensité. Pas évident d’abandonner les effets faciles, de chercher la profondeur, de risquer de se perdre ou de perdre son public en chemin. Cela exige de la simplicité. C’est à ce prix qu’on est soi-même, sans nul besoin de se réfugier dans le simulacre ou la représentation.


P.-S.

photo : Nicolas Villodre

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