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Théâtre des Champs-Elysées

Les drôleries de Li

dimanche 5 juillet 2009,
par Charlotte Imbault


S’inspirer du Jardin des délices (1504-1505) de Bosch : quelle gageure ! Le tableau, carnaval des jouissances, maelström de couleurs et de formes, organise une esthétique prolifique, une perte de sens offrant une vue plongeante et panoramique sur des corps nus, licornes, hérons, spatules, cerises, fraises et grylles (êtres multicéphales ou acéphales). Une question vient à l’esprit avant le lever de rideau : comment le tableau interfèrera-t-il dans la chorégraphie ?
Pas de reproduction vivante, pas de corps figés en statues picturales : au contraire, le film d’Eve Ramboz projeté par intermittence sur toute l’étendue du fond de scène anime les corps et les mégalithes du tableau. Clairement, l’envie est de faire danser Bosch, de rendre mouvant ce qui est statique : rien de fixe chez Blanca Li ! La peinture vient à la danse. Et la danse est explosive. Le corps n’est pas dans une recherche d’un caractère profilé et bidimensionnel. Il est souple, agile et terrien.

Le Jardin des délices de Li est un spectacle loufoque et bariolé, non loin de l’univers d’un Almodovar. L’énergie, communicative, prime ; l’ambiance de cabaret où ça parle, ça chante, ça répond au téléphone ne cesse d’alterner avec des passages plus esthétiques aux correspondances visuelles entre chorégraphie et peinture. On oscille entre le critère du vrai et celui du beau, entre les mélodies jouées par le pianiste Jeff Cohen et la musique enregistrée de Tao Gutiérrez. Pas de triptyque pour la chorégraphe, mais une succession de saynètes et une élaboration d’un joyeux collage.

Avec Li autant qu’avec Bosch, on part pour « aller aux fraises » qu’elles soient gros ballons hydrogénés plantant le décor le temps d’une scène pour la première, ou dissimulées dans le panneau central pour le second. Initialement nommé Pintura del Madroño (peinture de la fraise), Le Jardin des délices laisse venir toutes les équivoques du fruit qui l’émaille. Symbole de l’impureté, objet de possession goulue, ou blason de ce corps féminin chanté par Clément Marot, la fraise est la plante des délices par excellence. Délices des perversions ordinaires pour la chorégraphe qu’elle aime à mettre en scène avec ironie et humour.
La sauce prend et la cueillette est bonne, malgré quelques facilités. Certaines calligraphies de corps entremêlés faisant écho aux corps décapités, démembrés, morcelés, articulables et désarticulables du tableau sont assez répétitives ; et dans l’univers du cabaret, le too much n’est quelquefois jamais très loin. Mais la folie des drôleries l’emporte dans un élan enthousiaste et grinçant !


Portfolio

Le jardin des délices - © Ali Mahdavi Le jardin des délices - © Ali Mahdavi Le jardin des délices - © Ali Mahdavi Le jardin des délices - © Ali Mahdavi Le jardin des délices - © Ali Mahdavi

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