samedi 23 avril 2011,
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Le documentaire que Daniel G. Cabrero a consacré à la grande figure de la danse espagnole d’après-guerre, Mariemma, est intitulé Mes chemins à travers la danse en référence à l’ouvrage écrit par cette dernière, Mis caminos a través de la danza, tratado de danza española. Ce film nous apprend énormément de choses sur la danse « espagnole » ainsi que sur la période d’après-guerre.
Guillermina Teodosia Martínez Cabrejas, qui deviendra Mariemma en 1940, se produit dans des spectacles du Châtelet tels que Bouboule ou Un Mariage en 2020 et a l’occasion de travailler avec l’auteur et homme de théâtre qu’est Sacha Guitry. Rafael Cerdà, neveu de la danseuse, évoque sa période parisienne de formation avec des professeurs de classique ainsi que de flamenco.
A la fin des années vingt, au début des années trente, Antonia Mercé, alias « La Argentina », apporte ses lettres de noblesse à une danse espagnole qu’elle légitime aux yeux du public parisien, amateurs, balletomanes et spécialistes confondus. Elle propose une synthèse entre des éléments provenant du folklore, les castagnettes, la danse de l’école « boléra » et la musique symphonique espagnole.
Mariemma se situe dans la lignée d’Argentina et, comme son idole, cherche à styliser Jotas, Boléros, Corri-corris, Charradas, Seguidillas, Alegrias, Verdiales, Sevillanas, Fandangos, danses basques…
Carlota Mercé, la nièce d’Antonia, rappelle que La Argentina a été, de fait, une des toutes premières victimes de la Guerre civile espagnole : elle est morte brusquement le jour même du pronunciamento de Franco, le 18 juillet 1936, à 21h30…
Luisa Maria Cabrejas, cousine de Mariemma, évoque le retour de sa famille à Iscar, village proche de Valladolid, au lendemain de la déclaration de la Seconde Guerre mondiale. Roger Salas, critique de danse au quotidien El Pais pense que la connaissance du vocabulaire du ballet permet de tout danser et, dans le cas de Mariemma, de tout styliser.
Après s’être produite au théâtre Calderon de Valladolid, accompagnée simplement d’un pianiste, Mariemma s’attaque à Madrid : son récital au Teatro Español connaît un vrai succès. Mari Carmen Luzuriaga, nièce du musicien Enrique Luzuriaga, raconte la naissance du couple artistique que Mariemma forme à partir de ce moment-là avec son oncle. Il faut dire que le duo ne cesse d’enchaîner les tournées en Espagne, au Portugal et au Maroc, puis dans le Nouveau monde.
Sacha Guitry leur demande de participer à son film Donne-moi tes yeux (1943), dont on peut voir une séquence.
Salas oppose le ballet d’où est issue Mariemma au style andalou, incarné par la famille Pericet.
Après leurs épuisantes tournées, Mariemma se produit à la Scala de Milan au côté d’Antonio et de Léonide Massine qui chorégraphie ce qu’il appelle un ballet « symphonique ». Elle crée Capriccio espagnol de Rimski-Korsakov et España de Chabrier. Puis elle fonde sa compagnie de danse, le Mariemma Ballet d’Espagne, avec laquelle elle donne Les Danses fantastiques de Joaquin Turina.
Le marquis de Cuevas lui propose un contrat en tant qu’étoile invitée dans sa compagnie. Antonio Canales, qui a débuté avec Mariemma, dit d’elle : « Elle est notre Balanchine, notre Petipa, notre Roland Petit » ! Il la place sur un piédestal, sur le même plan que Lola Flores, Carmen Amaya ou Pilar Lopez et parle de sa manière très « castillane ».
Tomasa Benito Tomy, sa couturière, Conchita del Mar, une de ses danseuses, Enrique Novo, un de ses interprètes, Sara Lezana, débauchée par elle, José Luis Ponce, un de ses solistes, peignent par petites touches le portrait de la chorégraphe. On s’aperçoit qu’elle avait du caractère, qu’elle n’était pas vraiment facile à vivre, et qu’elle était exigeante vis-à-vis des autres comme vis-à-vis d’elle-même.
Sa compagnie concurrence alors celle d’Antonio avec qui elle se partage les meilleurs danseurs espagnols.
Enrique Morente rappelle ses débuts dans la compagnie de Mariemma et parle de son voyage à New York.
Mari Carmen entraînait les danseurs. Lola Greco évoque la période d’après 1969, lorsque Mariemma dirigeait le Conservatoire supérieur de danse, se souciait de la transmission de la danse espagnole (plus que de ses propres ballets, comme le regrette Salas).
Rosa Ruiz, professeur au conservatoire et Elvira Andrés, qui a animé le Ballet national d’Espagne, décrivent la technique de Mariemma. Mayte Bajo, élève de Mariemma, José Antonio Ruiz, directeur du Ballet national d’Espagne, Aida Gomez ex-directrice de ce Ballet et Canales nous livrent encore quelques anecdotes.
Le documentaire s’achève sur L’Hommage à La Argentina, rendu par Mariemma avec des solistes d’exception comme le très subtil Joaquin Cortés et l’extrêmement gracieuse Lola Greco.
La dernière séquence du film est un très beau plan de Mariemma maniant savamment les castagnettes, face caméra.