vendredi 3 décembre 2010,
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Dans le cadre de la manifestation hors les murs du Musée Galliera, provisoirement délocalisé au Musée d’art moderne de la Ville de Paris, les Russes à Paris, Lise Brisson a proposé à Maroussia Vossen de se produire dans une robe simultanéiste peinte à la main aux alentours de 1927 par Sonia Delaunay, précieux vêtement que la danseuse reçut en cadeau en 1985 de la poétesse Meg Galletti Boucrot, et ainsi d’évoluer pour cette occasion rare devant une magnifique toile de Robert Delaunay précisément intitulée… Rythme n°1 (1938).
Sans vouloir raconter notre vie ou chercher à la ramener, disons que nous avions eu le plaisir de visiter une exposition entièrement consacrée aux œuvres sur tissu, et pas seulement sur toile, de Sonia Delaunay (robes, éléments vestimentaires, foulards, etc.) il y a de cela une dizaine d’années, dans une galerie proche de la place St-Marc, à Venise, où travaillait, du reste, mais nous l’ignorions alors, la nièce du cinéaste d’avant-garde d’origine génoise, Giovanni Martedi, Sveva Banfi Boddaert. Et, plus récemment, nous avons découvert, lors d’un bref séjour en Lorraine au simple prétexte de découvrir le travail en cours de la chorégraphe Véronique Albert, tout un étage aménagé avec les impressionnants bas-reliefs de Robert et Sonia Delaunay au Centre Pompidou de Metz. Fait rarissime dans l’histoire de l’art, les œuvres de ces pionniers de l’abstraction ont gardé toute leur fraîcheur, et demeurent une source inépuisable d’émerveillement et de plaisir contemplatif. Elles n’ont pas pris une ride, ni le moindre pli, ce, près d’un siècle après leur conception.
Avec la danse de Maroussia, c’est un peu pareil. On a beau la connaître, connaître la garçonne et sa gestuelle, sa manière unique, fluide, simple, libre, légère de se déplacer dans l’espace, on est étonné à chaque fois par ses trouvailles, qui paraissent spontanées alors qu’elles ont exigé une vie entière d’entraînement, ainsi que par la justesse d’exécution du moindre de ses actes.
On l’avait appréciée, en 2008, dans un programme musical assez proche (le Black and Tan de Duke, suivi d’une Ėtude pour guitare de Villa-Lobos, d’une Chaloupée de René Aubry, d’un blues créole de Sidney Bechet et de thèmes de Darius Milhaud, Ellington, Elena Frolova, Maurice Yvain, Erik Satie et Anton Areski), à l’Auditorium de St-Germain-des-Prés où l’avait programmée Jean-Louis Vicart, le distingué, admirable et inoubliable animateur d’un lieu bétonné relevant de l’esthétique Cogedim, par conséquent pas facile à réchauffer, et impeccablement mise en valeur et en lumière par notre camarade de Facebook Bruno Cœur.
Eh bien, là, en plan rapproché, au ras des pâquerettes et sans les feux de la rampe, parmi d’autres œuvres circonvoisines, la jeune femme parvient encore à fasciner et à surprendre son auditoire.
La danse de Maroussia dose subtilement des éléments divers et variés, tirés notamment de la tradition pantomimique de son art (cf. les expressions chaplinesques du visage), des bribes de routines jazzy (l’amorce de Charleston sur le thème ellingtonien Autopsie d’un meurtre), des tours et des élans isadoriens, des ports de bras et équilibres plus néo-classiques…
Maroussia incarne en un sens l’idéal nijinskien de clown divin.
photo : Nicolas Villodre