samedi 23 juillet 2011,
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Le festival estival historique Paris quartier d’été a eu la bonne idée d’inviter le quatuor Mummenschanz au Théâtre de la Cité U pour lancer la célébration du quarantenaire de la compagnie de pantomime suisse créée en 1972 par Andres Bossard, Bernie Schürch et Floriana Frassetto.
Mummen signifie « jeu de mime » et schanz sonne comme « chance » en français, du moins si l’on en croit Mme Wikipedia. Vermummen en allemand veut aussi dire masquer, déguiser, emmitoufler, cagouler. De fait, les artistes sont pieds et mains nus, comme les adeptes de la danse libre isadorienne, le reste du corps étant camouflé par une combinaison noire unisexe plus cistercienne que les académiques des Frères Jacques et les tenues des manipulateurs du bunraku.
Si l’on passe l’éponge sur quelques points de détail (tempo interne alenti, temps morts lors de certaines transitions, redondances, intemporalité curieusement datée du show), on peut dire que les membres actuels de Mummenschanz (Floriana Frassetto, Bernie Schürch, Jakob Bentsen et Raffaella Mattioli) conservent l’esprit de finesse, la poésie, l’inventivité gaguesque portée à un haut degré d’exigence en Helvétie – qui dit pantomime, dit Jacques Lecoq, Marcel Marceau, Avron et Evrard, Ella Jaroszewicz mais aussi, naturellement, Charles Chaplin et compagnie ou dynastie, James Thiérrée, sa sœur et leurs parents du Cirque invisible… On peut par ailleurs rattacher Mummenschanz à cette tradition clownesque qui en Suisse va de Grock à Zouc, à celle du cabaret et à la culture du carnaval très vivace en Alémanie – on connaît surtout celui de Bâle, mais ceux de Lucerne et de Zurich méritent le détour. De fait, le travail des masques est assez remarquable et le numéro de modelage en direct du visage de deux protagonistes, en fonction des changements d’humeur de ceux-ci, assez amusant – quoique longuet.
On peut ne pas être fasciné par le côté narratif, métonymique, anecdotique de certains sketches, pas être forcément amateur des collages au surréalisme suranné, du retour du refoulé, de la femme-objet et de l’homme sans queue ni tête, bref de cet anthropomorphisme du « naturel » chassé par la porte et revenu au galop par la fenêtre. On peut leur préférer les réelles trouvailles visuelles, les illusions pures et la folie douce, sur fond noir, inspirées des fantasmagories du théâtre de Robert Houdin ou la magie blanche de Georges Méliès, le goût du music-hall d’un Benny Hill, les recherches de matières, les changements d’échelle, le travail d’analyse, la féerie cruelle des démembrements, les effets lumineux, les mouvements serpentins influencés par la danse des voiles de Loie Fuller et la technique du ruban de la gymnastique rythmique, les trompe-l’œil façon Nikolais, les automates bricolés de Tinguely, les gonflants à l’hélium et grosses lèvres botoxées de Dali, la ligne claire de Matisse, Chaissac, Dubuffet ou Calder (cf. sa Joséphine Baker en fil de fer), le trouble et le doute rétiniens de l’Op art, les acrobaties de Moses Pendleton (Pilobolus et Momix). Les artistes sont des surmarionnettes (au sens où l’entendait Gordon Craig) et des figurines abstraites, proches des personnages, des dessins et des sculptures élémentaristes d’Oskar Schlemmer – pour vous donner une idée du niveau artistique de la troupe.
Il faut reconnaître que la mécanique Mummenschanz fonctionne parfaitement comme cela, sans les béquilles de la parole et de la musique, sur les spectateurs parisiens (et les touristes de passage) accourus en nombre les acclamer, à commencer par le public le plus jeune. Les rappels n’ont donc pas manqué.
photo © Mummenschanz