Auditorium Guimet
mercredi 21 octobre 2009,
par
En ce soir du samedi 17 octobre, les Hindous célèbrent Diwali, la fête des lumières. Sur la scène, des lampes à huiles sont allumées en l’honneur de la divinité et les musiciens commencent par accorder leurs instruments. Viju Sivanand tient son violon à la manière indienne, le manche et les volutes en direction du sol. La salle est pleine et s’apprête à accueillir Maria Kiran, jeune et talentueuse danseuse de Bharata Natyam. Cet art dramatique du Sud de l’Inde, à l’origine dansé par les Devadasis dans les temples, mêle subtilement la danse et le théâtre. Le Bharata Natyam se danse à mi-hauteur, en demi-plié. Chaque partie du corps de la danseuse obéit à un schéma rythmique particulier. Les frappes de pieds soulignent le rythme tandis que les gestes des bras et le langage des mains (mudra) racontent une histoire. La danseuse exprime par son visage tout un éventail d’émotions subtiles qui viennent illustrer la narration. Elle est seule et interprète successivement les différents personnages qui peuplent ses histoires.
Pushpanjali : offrande de fleurs aux dieux
Le récital commence par la traditionnelle prière d’offrande aux dieux. Dès son apparition, Maria Kiran illumine la scène de sa présence. Silhouette et gestes gracieux, intensité du regard et expressivité du visage, Maria Kiran captive et entraîne le spectateur au cœur de cette cérémonie de dévotion.
Varnam
Cette partie, dédiée au Dieu Shiva, est construite sur la succession de neuf ragas (modes musicaux) représentant neuf sentiments qui animent le cœur humain : l’amour, la tristesse, l’étonnement, la peur, la colère, la fierté, la moquerie, la rancœur et la sérénité. Maria Kiran parvient avec une grande subtilité et finesse à transmettre toutes ces émotions. Elle est accompagnée par une chanteuse tout aussi impressionnante !
Padam : danse narrative
La danseuse brille ici par ses talents d’actrice. À la fois lyrique et narratif, le Padam est une danse d’abinaya (expression du visage). Soucieuse d’adapter l’art ancestral au public d’aujourd’hui, Maria Kiran n’hésite pas à s’exprimer sur scène avec des mots et raconter l’histoire qu’elle est en train de mimer et de danser. Le résultat est excellent. Les mudra (geste des mains) révèlent alors toute leur signification.
Mohi Tohi, sur une poésie lyrique de Kabir
Chantre de l’amour universel, Kabir est un poète Indo-musulman qui s’exprime ainsi : « Ce lien qui nous unit est éternel. Mon cœur se languit de s’unir à toi, ô mon amour ! Tel le lotus dans les eux du lac, l’oiseau ébloui par les rayons lunaires, la rivière dans course éperdue vers l’océan. Ainsi parla Kabir, écoutez sa voix. » Avec ce poème, Maria Kiran offre au public un merveilleux instant de bonheur : poses sculpturales, gestes extrêmement précis et doux et regard intense. Incarnation fascinante du poème.
Tillana : explosion de joie
Le récital s’achève par le Tillana, composition de pure virtuosité, et le Mandalam, salut adressé aux dieux, aux musiciens et aux spectateurs. Maria Kiran rend ici hommage au dieu Shiva, sur des vers du poète Appar (VIIᵉ siècle) : « O Shiva l’Eternel, daigne régner désormais en mon cœur. »