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Nos Solitudes détaillées par Julie Nioche

mardi 23 novembre 2010,
par Marie Juliette Verga


Présentée au Centre Pompidou dans le cadre du festival d’Automne, la dernière création de Julie Nioche interroge et expose nos diverses solitudes. Avec ce duo – la présence pleine du musicien Alexandre annule l’idée de solo- qui accueille corps, objets et vibrations, elle offre également une échappée aux imaginaires.

La danseuse-osthéopathe a beaucoup utilisé les prothèses dans ses pièces précédentes afin de rendre sensible et d’interroger la notion d’image du corps, les lien entre moyens de représentation et possibilités de présence au monde. Face au dispositif scénographique convoqué pour Nos Solitudes, il est intéressant de s’en souvenir. Et si ce qui apparaît comme un agrès inusité se pensait comme une autre famille de prothèse, celle des longues-vues ? Prothèses qui ouvrent le champ des possibles, amplifient le corps ? L’équipe de Haut+Court, bien connue des artistes qui veulent s’affranchir de la gravité, conçoit une machine étonnante faites de filins et de poids hexagonaux qui permet à la chorégraphe de se suspendre et d’apparaître libérée de cette attachement pesant à la Terre. Une vertigineuse exoprothèse qui rend possible l’impesanteur.

Le guitariste Alexandre Meyer, emplit l’espace de vibrations et rend tangible l’infini par son choix de mélodies répétitives et autogénératives. Gilles Gentner déplace le partage scène-salle grâce à un néon qui matérialise une ligne centrale de fond de salle à fond de plateau. Une idée originale et sensible dont on ne saisit pourtant pas l’enjeu dans cette création.

Que fait donc le corps auquel est permis cette échappée hors de la pesanteur commune ? Ce corps amplifié suspendu grâce à des poids littéraux ne choisit pas l’acrobatie, il mime le sommeil et le rêve d’envol. La suspension permet de prendre appui sur les contrepoids afin de s’élever et les mouvements de la danseuse contaminent les poids qui, par petits groupes, descendent ou filent vers le plafond. L’espace est mis en volume. Et l’on se prend à regretter d’être figé dans un rapport frontal face à une œuvre qui rend visible les trois dimensions du plateau. Dans les airs, Julie Nioche s’amuse d’une nouvelle façon de s’assoir, s’allonger, se blottir dans le sommeil. Elle donne une réalité perceptible aux divers niveaux d’horizontalité qui compose l’espace. Lorsqu’elle parvient à se hisser jusqu’aux cintres, elle se met debout et crée le désir de la marche. L’artiste joue de son rêve. Elle se laisse tomber dans des descentes rapides, exécute un pendu. Le spectateur peut jouer aussi des formes qui lui sont proposé, les nourrir, les déformer. Nos solitudes dévoile le paradoxe entre liberté et enfermement. Libérée du sol, la danseuse est également contrainte par son dispositif ; laissé libre d’imaginer, le spectateur est retenu à son siège par la convention théâtrale. Lorsque le rythme s’accélère, Julie Nioche semble vouloir expérimenter les limites de la machines après être aller vers les limites anatomiques et articulaires de son corps. Ce système possède sa propre logique, certains trajets sont déviés, les ratés sont – quelle joie – rendus possibles aussi, le risque a également sa place. Lorsque les câbles lâchent et que le jouet est cassé, lorsqu’elle retourne au sol, la performeuse apparaît dans sa solitude, fragile au milieu des filins, immobile.

Sans doute est-il possible de rester un peu courts, limités dans son rêve par la distance mise entre la danseuse et l’objet. Rien pourtant ne peut diminuer le plaisir face à une pièce qui donne à voir le corps comme un système de poids, un territoire traversé et instable. Si connaître ses attaches ne permet pas de les défaire mais d’en jouer, Nos solitudes rend toute sa force au jeu.


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