vendredi 6 mai 2011,
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Dans le cadre du festival Rues du monde, qui alterne à La Villette les axes tsigane, flamenco, créole et hip hop (de retour en force, dirait-on, à la Grande Halle), nous avons assisté à la prestation de Dorantes.
Il est des instruments qui ne sont pas du tout évidents, ou qui ne paraissent pas vraiment « naturels », dans le contexte spécifique, réglementé, pour ne pas dire normé, de l’art ésotérique qu’est le flamenco. La flûte traversière, en son avatar classique plutôt qu’indien (cf. Sri J.B. Shruthi Sagar), le caisson péruvien qui, qu’on le veuille ou non, s’est insinué, a fini par s’imposer, remplacer, soutenir la claque manuelle ou podale, le violon associé aux tsiganes, le piano – pas celui du pauvre, le Hohner que les Roms exhibent le temps de styliser un ou deux standards de la variété internationale dans les métros d’Europe – en font partie. Ceci est vrai, surtout, pour ce dernier, depuis que le flamenco s’est installé, sédentarisé, embourgeoisé – le Steinway étant, comme on sait, difficile à faire entrer dans une roulotte.
Le jazz latin, qui n’est pas sans rapport avec le jazz-rock inventé par Miles Davis, dont nous appréciâmes ici-même, sous la halle de la Porte de Pantin alors ouverte aux quatre vents, à la fin des seventies, la variante guitaristique représentée par la triplette John McLaughlin, Al Di Meola, Paco de Lucia, domaine dans lequel se situe Dorantes, est une musique de « fusion », un champ exploré après-guerre par Dizzy Gillespie (Manteca, 1947), codifié par Miles (Sketches of Spain, 1960), exploité par Keith Jarrett and Co (The Köln Concert, 1975) et illustré par des pianistes comme Arturo O’Farrill ou Bebo Valdés (cf. le film Calle 54, 2000, de Fernando Trueba), sans oublier Gonzalo Rubalcaba ou Diego Amador, l’excellent interprète de flamenco-jazz (concept qui nous rappelle celui de flamenco-rock de Ketama, voire celui de flamenco-twist cher à… Niño de Murcia).
Dorantes s’en sort bien, lui aussi, mais n’innove pas pour autant, ce qui est toujours un peu dommage. On reste dans des instrumentaux relaxants pouvant tels quels être diffusés par FIP, dans ce qu’Erik Satie appelait la musique d’ameublement, qualifiée aujourd’hui de « lounge », dans l’ambiance de piano-bar de grand hôtel.
Le jeune gens déploie ses phrases, ses gammes, ses structures rythmiques, ses lignes de basse qui gardent la saveur flamenca, l’accent andalou, le sens et l’essence mélodiques. Mais qui n’ont rien de « contemporain », quoiqu’en disent certains qui n’ont rien vu et encore moins entendu. Aucun risque majeur, donc, de ce côté-là. Pas d’ennui non plus. Il ne manquerait plus que ça. Par moments, le garçon s’acharne sur son instrument à queue, lui grattouille les cordes, étouffe manuellement le vibrato en jouant de la main gauche comme d’une sourdine. Et, sûr de son fait, il plaque énergiquement ses accords de préférence sur les touches médiums du grand dentier en ivoire.
Tout est parfaitement exécuté, on ne peut mieux géré, bel et bien agrémenté par ses comparses - un percussionniste et un contrebassiste.
Sans oublier la danseuse de service, Rosario Toledo, qui est ravissante, indéniablement jolie à regarder. La bailaora a de la présence, mais sa danse manque encore de profondeur (l’inspiration et la chorégraphie viendront avec le temps). Elle a zappé le zapateado mais a correctement mouliné des bras et, en quelques voltes et volte-face ostensibles, a séduit rapidement le public le plus lointain de la salle Charlie Parker pleine à craquer. La preuve : on a eu droit à un rappel.