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Shirley MacLaine, danseuse et star hollywoodienne

mercredi 7 septembre 2011,
par Nicolas Villodre


Décorée de la Légion d’honneur par Frédéric Mitterrand, invitée par Costa-Gavras, Serge Toubiana et la Cinémathèque Française à l’occasion de son passage par Deauville et Paris, Shirley MacLaine a longuement évoqué sa carrière en répondant avec grâce et humour aux questions du programmateur Bernard Payen. Elle a remercié le public de la salle Henri Langlois en ces termes : « Vous êtes tellement gentils avec moi et avez tellement bon goût ! »… Elle a parlé de sa formation de danseuse et des films qui ont marqué sa vie. Nous n’avons pas retranscrit ici l’exhaustivité de cette plaisante conversation mais simplement noté quelques-unes des réflexions de la star, énoncées par elle sur un ton enjoué, à haute et très intelligible voix. 



LA DANSE

Ma mère m’a inscrite à des cours de danse lorsque j’avais deux ans et demi pour renforcer mes chevilles un peu faibles. J’adorais la musique, la discipline et la sensation d’équilibre. Et je n’ai plus voulu arrêter la danse : je pensais qu’elle me sauverait, tout au long de ma vie. Quand je dois jouer un rôle, je sais comment l’héroïne doit se déplacer, comment elle s’assied, comment elle bouge les mains. Je le sais avant tout le reste. Cela me révèle le personnage.

J’ai fait du classique et j’ai vite compris que j’étais trop grande. Leslie Caron (présente dans la salle, NDLR) le sait bien, on ne peut pas être trop grande dans le ballet. Sur pointes, je ressemblais à un arbre, et aucun partenaire ne pouvait m’être associé ! En plus, j’étais beaucoup trop expressive, je voulais transmettre l’émotion. J’ai finalement opté pour l’art de l’émotion qu’est la comédie. Ma formation de danseuse a été sans doute plus importante encore dans ma vie que sur scène ou sur un plateau, en termes d’exigence morale et d’équilibre personnel. La danse m’a apporté la paix. Et je ne serais rien si je n’avais été au départ danseuse.

HITCHCOCK

The Trouble With Harry (1955) était une comédie très noire : il fallait que je déterre sans cesse mon mari ! Le film n’a eu aucun succès, sauf en France, où il a tenu trois ans à l’affiche. Ce sujet - enterrer, déterrer le cadavre, le réenterrer, le redéterrer - en dit long sur vous ! C’est l’histoire de la vie politique française !
(L’actrice rappelle qu’Hitchcock était laconique et s’adressait à ses acteurs de manière énigmatique, en leur parlant par rébus…). Ce qui se passait sur le plateau n’avait aucune espèce d’importance pour lui.

Les deux seules choses qui comptaient vraiment étaient le scénario et le premier visionnage du film. Ce qu’il pensait des comédiens ? Rien du tout ! Il aimait le fait que j’aille manger avec lui. Ce, à tous les repas ! J’ai dû prendre dix kilos ! Le président de la Paramount m’a appelé et m’a dit : « Vous êtes en train de saboter votre carrière ! C’est un tout petit peu tôt ! » Il a précisé : « On a un du mal au montage parce que quand on vous voit dans un axe, vous faites dix kilos de moins que dans l’autre ! »

Mais Hitch s’en fichait. Il voulait simplement que je l’accompagne au restaurant. Je n’ai jamais autant mangé, jusqu’à ce que j’arrive à Paris ! Il ne nous a donné aucune indication, ni à John Forsythe, ni à Edmund Gwen, ni à moi… Je l’adorais, il n’était pas cruel : il m’ignorait totalement !

JERRY LEWIS

Dans Artists and Models (1955) de Frank Tashlin, Jerry Lewis ne m’aimait pas en costume de bain jaune. Parce que j’avais de jolies jambes, et lui non ! Il était furieux, est parti dans sa loge et ne voulait plus en sortir. Et le président de la Paramount a dû venir sur le plateau pour l’obliger à travailler avec moi. Je sais qu’ici vous adorez Jerry Lewis (l’ami du comique américain, Pierre Etaix, est dans la salle, NDLR), mais il était parfois impossible. Parfois…

THE RAT PACK

À propos de Some Came Running (1958) de Vincente Minnelli : Je vais vous dire un secret que personne ne connaît. Tous les membres du « Rat Pack » étaient homosexuels ! Tous, sauf moi !… C’étaient des gens formidables. Le seul problème, c’était le « pas de sexe ». Si j’en avais envie, on interdisait à mon partenaire de m’approcher. Je leur appartenais. J’étais leur mascotte. Ils partageaient avec moi leurs idées, leur humour et leur vanité. Ils m’ont appris énormément de choses qui m’ont été utiles au théâtre. Vous êtes trop jeunes, mais je me suis produite deux fois sur scène, ici, à Paris. Ils m’ont montré comment m’y sentir à l’aise. Ils savaient s’abandonner complètement devant un public. Et c’est ça que celui-ci adorait chez eux.

Je pense que Dean Martin est meilleur dans ce film que dans tous les autres qu’il a tournés. J’ai connu James Jones (l’auteur du roman Some Came Running, NDLR) à Paris. Il avait un appartement en face de Notre Dame. Il tenait à ce que je joue Ginnie. Dans le livre, le personnage qu’interprète Frank Sinatra, Dave, se fait tuer. Pour vous donner une idée du pouvoir de Sinatra, il a appelé le studio et leur a dit : « Tuez la môme. Comme ça, le film sera nominé ! » Et il a eu raison ! (Shirley MacLaine fut nommée aux oscars comme meilleure actrice et le film obtint quatre autres mentions, NDLR).

BILLY WILDER

On a commencé le film The Appartment (1960) avec un script qui faisait vingt-neuf pages seulement parce que Billy Wilder voulait voir l’alchimie entre Jack Lemmon et moi. Ensuite Isy Diamond et lui ont complété le scénario en fonction de ce qui se passait à l’écran. Wilder pouvait être très souple par moments et, d’autres fois, inflexible. Mais extraordinaire, bien sûr.

Je pense qu’Irma la douce (1963) aurait dû être une comédie musicale, comme elle l’avait été en France. Cela m’intéressait de voir les prostituées travailler et j’ai connu cette femme (dans le quartier des Halles, à Paris, NDLR), sa pauvreté, j’ai vu ce qu’elle faisait pour ses enfants. Ce qui me fascinait, c’étaient les hommes qui lui tournaient autour.

Jack Lemmon se comportait vis-à-vis de moi comme s’il avait été une de mes tantes. Il était très délicat. Il répétait énormément et adorait multiplier les prises. Même quand j’étais en congé, je venais l’observer sur le plateau. Et j’ai compris que, parfois, trop de prises, c’est trop de prises ! Il était génial jusqu’à la dixième, mais Billy avait ce besoin de voir Jack se défaire, à partir de la douzième ou treizième, jusqu’à la dix-septième prise. J’ai assisté à cette humiliation et me suis alors posé la question : « Comment dire à un réalisateur : basta ? »


P.-S.

Photo : Nicolas Villodre

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