lundi 1er février 2010,
par
Les jonctions sont aiguës, les pliés sur demi-pointes, en quatrièmes asymétriques ou en premières zigzagantes, les bustes sont désaxés, les cous brisés, les lignes discontinues et les directions éclatées.
"La constellation consternée" regroupe cinq pièces courtes dans lesquelles Thomas Lebrun "explore différentes représentations d’étoiles et les divers sentiments qu’elle peuvent provoquer : injustice, fierté, abandon, rébellion, gloire, espoir, croyance, …"
Dans le vide laiteux du sol du CND, serti d’un noir profond et velouté, la compagnie Illico affirme un graphisme ciselé, un rythme vibrant, parfois vacillant sur des équilibres en tensions, et toujours fulgurants dans les enchaînements. Le style pourrait paraître froid et à des années-lumière des pièces gargantuesques du chorégraphe.
Mais les stars en mouvements, subtiles, sont habitées par des sentiments fragiles, comme les gazes qui recouvrent leurs surfaces nues.
Les rotations en dedans expriment une humilité face à l’immensité d’un dehors, éternellement hostile. Leurs regards scintillants s’arrachent parfois vers le ciel mais retombent inexorablement sous l’apesanteur, plantés dans la terre. Du centre jaillissent des épaules, des coudes, des mentons, laissant des organismes noués ou démembrés.
On saisit des âmes fracturées et résignées, des espoirs glacés, des sursauts de sanglots. Certaines figures comme ces poings serrés se chargent d’un magnétisme palpable, et se déchargent dans une chute soudaine, doigts écarquillés et corps électrifiés.
En solo, trio, ou quintet, la lutte se répète, à l’unisson puis déphasée, et s’achève sur un adagio hivernal [1] lors de la fin déchirante d’une étoile polaire, dernière lueur d’un système solaire.
Chorégraphie : Thomas Lebrun - Compagnie Illico
Interprètes : Anthony Cazeaux, Raphaël Cottin, Anne-Emmanuelle Derro, Anne-Sophie Lancelin, Claudia Miazzo
Chant live : Emeline Derro
Création lumières : Jean-Marc Serre
Costumes : Jeanne Guellaff
Photo : ©Frédéric Iovino