par Nicolas Villodre le

La pièce de Carolyn Carlson, Tigers in the tea house, créée en 2004 avec le Centre chorégraphique de Roubaix pour la première édition de June Events, reprise cette année, même lieu, même occasion, se présente sous une forme triolique exclusivement masculine, ne faisant aucun cas de la question de la parité, mêlant habilement arts martiaux, danse, théâtre, mime, farce et autres attrapes.
Aucune de ces expressions ne cherche à dominer l’autre. Tout ces éléments s’équilibrent, de même que s’harmonisent les temps forts et faibles du récit. Le savoir-faire de Carlson ne s’exprime pas seulement dans la fluidité de tous les faits et gestes qu’elle chorégraphie mais dans le choix de ce qui, habituellement, est accessoire et qui, dans le cas présent, rehausse, enjolive ou amplifie les mouvements des danseurs : la bande musicale, nickel, de John Boswell, diffusée à l’ordi et non exécutée live ; les effets lumineux imaginés par Emma Juliard, toujours efficaces et d’une grande variété, faisant bon usage d’un cyclorama tendu comme un écran vidéo qui permet aussi quelque passage récréatif avec ombres chinoises à la Pilobolus ; le décor japonisant d’Euan Burnet-Smith disposant côté cour des paravents de papier de riz aux motifs abstraits et, au fond du jardin, une piscine format tatami rappelant, avec ses trois gros cailloux imberbes et albuginés, le Ryoanji ; les élégants costumes unisexes de Tajung-Lina Wu et Yasuke Otsuka aux matières riches et contrastées, lourdes et légères, tombant parfaitement et défilant à un rythme de podium de haute couture.
Chacun des interprètes joue un rôle, en dehors du sien propre. En l’occurrence, pas exactement celui du bon de la brute et du truand mais, si l’on en croit du moins la feuille de route distribuée au public, du fou, du guerrier et du sage. Les danseurs Jacky Berger, Yutaka Nakata et Zheng Wu réactualisent le pas de trois d’origine, avec les qualités qui d’après nous sont les leurs : Yutaka a le look et semble à la recherche du geste parfait ; Jacky, danseur expérimenté, fait montre de sa puissance physique et de ses dons de comédien ; Zheng Wu est à la fois sobre et toujours juste. En somme, trois ninjas que l’on dirait sortis d’un wuxia en 3D de Tsui Hark.
On n’a pas senti le temps passer, ce qui est plutôt bon signe.
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