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Théâtre des Champs-Elysées

Une Giselle aux jambes d’acier

dimanche 15 novembre 2009,
par Charlotte Imbault


Giselle est un ballet qui a la cote en début de saison. Après l’Opéra de Paris, le tour est au Saint-Pétersbourg et à sa danseuse fétiche, Irina Kolesnikova, de donner vie à ce classique des classiques. Ni tout à fait la même, ni tout à fait une autre, la chorégraphie est bien celle de Jean Coralli et de Jules Perrot (1841), l’adaptation celle de Marius Petipa (1887), mais les ajustements apportés par Patrice Bart et Eugène Polyakov (1991) n’ont pas été repris.

Un conte russe
Cette Giselle insiste sur l’aspect narratif du conte, en se concentrant sur l’action des protagonistes. Hilarion, le garde-chasse, Giselle, Albrecht-Loys, le beau prince, Myrtha, la reine des Wilis. Les hommes du corps de ballet s’effacent, et à l’ouverture du second acte, Hilarion chasse seul les invisibles Wilis. L’esprit russe habite ce conte avec les costumes colorés et les frappements de mains accentués du premier acte. Les décors, avec leurs couleurs acidulées, semblent tout droit sortis d’un dessin animé. Ça manque de romantisme. Le mime a la part belle, mais sans la subtilité du jeu entre les personnages. Le corps de ballet qui effectue les pas, sans vie, avec académisme, ne retient pas l’attention et l’oeil se concentre sur la ballerine Irina Kolesnikova et son interprétation du rôle.

Une Giselle sous contrôle
On s’attendait à une Giselle au lyrisme impossible des bras, à une douceur infinie des pas. Irina Kolesnikova nous propose tout autre chose. On se retrouve face à un contrôle absolu, une rectitude dans les postures. On ne croit pas à la naïveté du personnage. À la fin de la scène de la folie, le corps allongé de la danseuse reste inerte sur le sol. Giselle est morte. Le buste est lourd et relâché, mais les jambes vivent encore : elles sont tendues et raides. Le mollet présente un muscle rebondi et le pied, contracté, laisse voir une pointe exceptionnelle. L’abandon, même pour cette mort virtuelle, n’est pas le bienvenu. Jusqu’au bout, la maîtrise est de rigueur.
Au second acte, la courbure du buste (posture caractéristique de Giselle censée traduire la pudeur et la soumission) est à peine esquissée. À cette position, très picturale, qu’Yvette Chauviré [1] comparait à la « libellule au bord d’une feuille » est préféré l’allongement du cou. Avec Irina Kolesnikova, les courbes sont inversées, les cambrés accentués ; Giselle tombe à la renverse. C’est un autre point de vue.


Portfolio

Irina Kolesnikova et Dmitry Akulinin (c) KT Irina Kolesnikova dans le second acte (c) KT Irina Kolesnikova dans le premier acte (c) KT

Notes

[1] Nommée danseuse étoile à l’Opéra de Paris en 1941, elle incarne la quintessence de l’école française. Sa carrière a été marquée par la création de nombreux ballets de Lifar. Elle a transmis le rôle de Giselle à plusieurs danseuses de l’Opéra de Paris.

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